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 LES SÉMINAIRES

DE

JACQUES LACAN

 

 

 

Le déroulé de cette page sera consacré à l'oeuvre de Jacques LACAN, auteur, certes, controversé, mais devenu aujourd'hui "incontournable" pour qui s'intéresse à la psychanalyse en particulier et à la pensée contemporaine en général. Si la plupart des concepts lacaniens se trouvent (ou ne tarderont pas à se trouver) à la page "Concepts", tandis que l'on pourra utilement consulter la biographie de Lacan à la page "Figures", cette page - ci sera davantage consacrée à la théorie lacanienne, dans une approche essentiellement diachronique, car on sait à quel point l'évolution, les remaniements et mêmes de véritables mutations, caractérisent cette pensée bouillonnante, à nulle autre pareille, sans cesse ( et quasiment jusqu'à son dernier souffle ) en mouvement et, pour ainsi dire, en lutte obstinée contre elle - même.

Parole lacanienne qui s'adressait, de son propre aveu au "non - idiot" ( Télévision ), à savoir à qui voulait se donner la peine de tenter de la comprendre... Ce qui n'était pas chose aisée et Lacan, en véritable maître du "gai savoir" (plutôt que de sagesse d'ailleurs)  qu'il était, ne faisait rien ( bien au contraire ! ) pour en simplifier l'abord, persuadé qu'il était que toute parole, polysémique par nature, ambiguë par essence ( bien qu'étant foncièrement artificielle et nullement naturelle ), était grosse d'équivoques sans fin... A chacun, dès lors, d'y mettre du sien dans cette affaire   pour tenter d'y entendre quelque chose de sensé dans un domaine où le sens, précisément, et la signification, sont à la racine de l'enjeu d'une pensée clinique, d'une exigence théorique, mais aussi pratique, d'une rare envergure. L'enjeu n'étant autre finalement que celui de l'objet - même de la psychanalyse que Lacan finira par épingler d'une simple lettre, la première de l'alphabet (à écrire en minuscule : a ), faute de pouvoir réellement en nommer la teneur qui échappe à tout effort de symbolisation, ce que pourtant Lacan ne cessera, par toutes sortes de biais, de tenter : objet petit a, cause du désir, forme prise par ce qui de l'être du sujet se dérobe sans cesse à la nomination et dont Lacan s'est donné pour tache de dire, en quelque sorte, l'indicible - même du réel. Objet étrange sans nulle objectivité, ni même d'image spéculaire, qui détermine le désir tout en échappant à l'intentionnalité, qui noue le manque au lieu de le combler et reste rebelle  à tout don...

On comprend, dans ces conditions, que ces élaborations ne furent pas, le plus souvent, d'un abord aisé et que l'accueil d'une telle parole ait pu être pour le moins rétif, pour ne pas dire franchement hostile, et qu'il le demeure, largement, aujourd'hui encore. Mais c'est que la tache était ( à l'instar du geste désespérant de Tantale ) d'une certaine manière "impossible"  : quand pour échapper à  l'équivocité consubstantielle à la parole, Lacan avait recours à la lettre, au diagramme, ou à la  (dé)monstration topologique, la difficulté de son message croissait d'autant,  d'où découragement, moqueries ou quolibets en face de quoi Lacan rappelait, fort à propos, que parmi les grandes passions humaines, à côté de l'amour et de la haine, la passion de l'ignorance figurait en bonne place...

Nous allons donc suivre ici l'évolution de la pensée lacanienne, à travers le déroulé des séminaires pour tenter d'en extraire l'essentiel de l'apport théorique. Mis à part notre lecture personnelle des séminaires parus, et de ceux qui n'en sont encore que des transcriptions libres, nous nous sommes aidés d'apports théoriques dont voici la liste :

- Borch-Jacobsen, M., Lacan, Le maître absolu, Champs, Flammarion, 1990

- Chemama, R. Vandermersch, B. Dictionnaire de la Psychanalyse,  Larousse, 2000

- Dor,  Joël, Introduction à la lecture de Lacan, Denoël, tome 1, 1985, tome 2, 1992

-  Julien,  Philippe,  Pour lire Jacques Lacan, EPEL, 1990

- Miller, Jacques-Alain,   Les six paradigmes de la jouissance, Revue de l'Ecole de la cause freudienne, oct. 1999

- Safouan,M. ( sous la direction de ), Lacaniana,  Fayard, tome 1, 2001 et tome 2, 2005

Porge, Erik, Jacques Lacan, un psychanalyste, parcours d'un enseignement,  érès, 2000

- Porge,  Erik, Les noms du père chez Jacques Lacan, Ponctuations et problématiques,  érès

 

 

SÉMINAIRES 

 

 

SÉMINAIRE I

Les écrits techniques de Freud 

( 1953 -  1954 )

 

 

Le commentaire des Cinq psychanalyses de Freud ( 1951-53), permet à Lacan de distinguer les plans du symbolique, de l'imaginaire et du réel, appliqués notamment au cas de la paternité. Le but des deux premiers séminaires pose la question de savoir ce que c'est que de faire de la psychanalyse...

Lacan  (s'autorisant de Konstructionem in der Analyse, S. Freud, 1935) considère que l'analyse n'est pas une tentative de remémoration. Il ne s'agit pas de se souvenir, mais de réécrire ce qui a été : le centre de gravité du sujet est une synthèse présente du passé, appelée histoire.

CRITIQUE DU MOI ET PLACE DE LA PAROLE ET DU LANGAGE

Les post-freudiens insistent sur la place centrale du moi (à qui revient la tache de la "compréhension du sens des mots" O. Fenichel ), dont Lacan aura beau jeu de rappeler qu'il est structuré comme un symptôme, ce dont témoigne, bien malgré elle, A. Freud à travers son livre (Le moi et les mécanismes de défense).  Le problème étant en effet de savoir si le sens déborde ou non le moi et dans quoi est pris le sujet, qui n'est pas seulement le sens des mots, mais plus généralement le langage, dont le rôle, dans son histoire, est essentiel. Pour Lacan, le domaine de Freud "est celui de la vérité du sujet". S'y amorce la distinction entre vérité de la proposition et la vérité de la parole, qui est adéquation, non pas à un réel ( car dans ce cas la recherche de la vérité du sujet se réduirait à la recherche objectivante de la science commune ), mais à un manque à être, d'où sa dimension éthique.  Il s'agit dans cette réécriture de l'histoire qu'est la psychanalyse "de la réalisation de la vérité du sujet, comme d'une dimension propre qui doit être détachée dans son originalité par rapport à la notion même de la réalité" (à laquelle se réfère le vérité de la proposition). A cet égard l'opposition fantasme / réel est simpliste, voire fallacieuse.

 

 

C'est à l'intérieur de cette réalisation du sujet que s'inscrit la résistance qui transparaît par exemple au moment  où le sujet à quelque chose de significatif à dire et qu'il s'interrompt ou émet un énoncé tel que "Je réalise soudain le fait de votre présence" (S. Freud, La dynamique du transfert). Fait, commente Lacan qui permet de répondre à la question de "qui parle ?" non sans s'être pourtant dégagé de cette idée que la résistance serait "cohérente avec cette construction selon laquelle l'inconscient est, dans un sujet donné, contenu et, comme on dit, refoulé" (p.57). "La venue arrêtée de la parole, poursuit Lacan, pour autant que quelque chose la rend fondamentalement impossible (la castration chez l'homme aux loups, la mort dans l'exemple de l'oubli du nom [ de Signorelli ] ), c'est le point pivot où, dans l'analyse, la parole bascule tout entière sur sa première face et se réduit à sa fonction de rapport à l'autre. Si la parole fonctionne alors comme médiation, c'est de ne pas s'être accomplie comme révélation" ( p. 60). Si donc la résistance s'incarne dans le système de l'ego et de l'alter ego, elle part "de l'impuissance du sujet à aboutir dans le domaine de la réalisation de sa vérité" ( p.61). Impuissance, comme on sait, qui est de structure, de s'enraciner dans la division du sujet.

Et Lacan de se gausser de l'idée spécieuse qui voudrait qu'une certaine réalisation de l'autre fut un préalable à la cure en moquant la proposition piagétienne du discours égocentrique de l'enfant "comme si les adultes sur ce sujet avaient à en remontrer aux gosses ! " (p.60).

DÉNÉGATION ET FORCLUSION

La question se pose aussi de savoir comment agir par l'interprétation sur le transfert, alors que l'analyste parle de la place même où le transfert le met ? Ce qui revient à la question :" Quel est donc celui qui, au-delà de moi, cherche à se faire reconnaître ? ". Pour y répondre il convient de saisir l'autonomie de la fonction symbolique dans la réalisation humaine : ce n'est pas le moi qui est le maître du sens, car le système du langage dans lequel se déplace notre discours dépasse notre intentionnalité.  

Les différents niveaux de cette réalisation seront pointés à travers la lecture de Die Verneinung de S. Freud. L'existence d'une chose pour un sujet dépend d'une affirmation ( Bejahung ) première de cette chose ( qui n'est pas une négation de la négation ). Contrairement à la (dé)négation où ce que le sujet nie, s'affirme affecté par le symbole de la négation, la forclusion ( Verwerfung) correspond au défaut de cette affirmation première. Alors tout se passe comme si la chose n'existait pas pour le sujet, mais ce qui est ainsi retranché du symbolique fait retour "imaginairement" dans le réel: le non reconnu fait irruption dans la conscience sous forme du "vu". 

 

 

Ce dont il y a forclusion ( un rien-vouloir-savoir) c'est la castration que Lacan évoque, étonnamment,  à propos de l'Homme aux loups chez qui la menace de castration est pourtant on ne peut plus explicite. Ce en quoi il suit d'ailleurs Freud qui fait coexister chez son patient forclusion et refoulement.

 

 

En réalité il s'agit d'une forclusion du récit d'une castration réelle, celui d'une fille née avec un doigt surnuméraire qui lui a été coupé à la hache ( et comme on sait, l'hallucination de l'Homme aux loups met bien en scène la mutilation de son doigt ).

 

 

Pour ce qui est de la dénégation ( Verneinung ), Lacan évoque le cas d'un patient d'E. Kris qui s'accusait de plagiat dans ses écrits et ne présentait ses relations à son moi idéal que sous une forme inversée. Dans son discours l'inversion prend la forme de la dénégation ce qui permet l'intégration de son moi.

Lacan récuse l'opposition classique entre analyse du matériel et analyse des résistances et lui préfère l'opposition analyse du discours / analyse du moi, car c'est toujours au moi (à ses limitations, ses défenses, son caractère) que nous avons affaire dans la cure, mais la question est de savoir quelle fonction le moi joue dans l'opération.

MODÈLE OPTIQUE

Lacan commente alors le cas Dick ( M. Klein, L'importance du symbole dans le développement du moi, 1948, in Essais de psychanalyse ). L'ego du petit Dick n'est pas formé ( il éprouve un manque de contact ) et il est entièrement immergé dans une réalité non symbolisée, indifférenciée ( un réel ! ). Comment cette réalité peut - elle se rouvrir par un développement de l'ego ? Et quelle est la fonction de l'interprétation kleinienne intrusive, plaquée, qui se révèle efficace ? Problème en somme de la jonction du symbolique et de l'imaginaire dans la constitution de la réalité.

 

 

C'est alors que Lacan introduit un modèle optique ( p.160) inspiré de Bouasse qui avait imaginé l'expérience dite du bouquet renversé, que Lacan modifiera pour en faire celle du vase renversé. Contrairement à l'opposition traditionnelle entre imaginaire et réel, Lacan montre qu'il n'y a pas de réel qui ne se forme dans l'imaginaire ( en utilisant "image" comme synonyme de  Gestalt ), de même qu'il n'y a pas d'imaginaire qui ne se situe en référence au réel qu'il inclut ou qu'il entoure ( les théories analytiques du stade primitif du moi recourent aux notions de contenant et de contenu ).

 

 

Mais pour qu'apparaisse devant l'oeil qui regarde un monde où imaginaire et réel se donnent la main, encore faut - il que l'oeil soit placé à l'intérieur du champ x'y' : position qui représente la place du sujet dans le monde symbolique.

 

 

Le modèle du vase renversé explique la relation i(a) / i'(a), où l'on retrouve la détermination imaginaire du comportement sexuel animal, mais aussi la relation symbolique liant un sujet à son objet venu à la place du moi idéal ( registre imaginaire ) : dépendance de i'(a) au point I. Symbolique renvoie au langage, où les relations sociales se définissent, chacun ayant un idéal du moi ( registre symbolique ) différent. L'idéal du moi c'est l'autre en tant qu'il parle; le moi idéal se définit par l'image du semblable, qui, vers dix huit mois s'unifie comme sujet à partir de la matrice constituée par  l'image spéculaire du corps propre. Dans la passion amoureuse il y a confusion de l'idéal du moi et du moi idéal.  

 TRANSFERT ( AMOUR DE )

L'amour de transfert n'est pas de l'ordre de l'éros universel ( qui fait lien entre les sujets ), mais comme un amour - passion, lié foncièrement à la relation analytique. Si l'on retire à la libido son caractère sexuel par rapport aux fonctions de conservation, on la prive du coup de son caractère opérationnel. Se pose alors le problème de la schizophrénie où le rapport à la réalité est perdu. Pour répondre à Jung, qui a noyé la libido dans le concept vague d'intérêt psychique, Freud introduit le narcissisme comme processus secondaire par rapport aux pulsions autoérotiques originaires, d'avant le moi (Ich) qui a à se développer. Si la distinction entre libido sexuelle et les fonctions de conservation subsiste, le moi se définit maintenant, non pas par l'auto-conservation, mais comme une entité nouvelle qui apparaît dans le développement pour donner forme au narcissisme. Narcissisme double d'ailleurs (O. Mannoni) : celui du moi et du moi - idéal (S. Freud, Pour introduire le narcissisme, 1914). Et il suffit qu'un autre apparaisse à la place de ce moi-idéal ( moi tel qu'il veut être ) pour que se déclenche l'état amoureux ( Verliebtheit ).

Quelle est dès lors la place de l'analyste dans le transfert ? Comment le transfert peut - il être à la fois une résistance et un levier de l'efficacité de la cure ? 

Lacan rappelle l'erreur de Freud dans le cas Dora (n'avoir pas reconnu en Madame K l'objet de son amour, sinon de son désir) qui l'a empêché de faire reconnaître à Dora son moi idéal ( Ideal  - Ich), ce qui lui aurait permis de prendre, lui, "sa place au niveau de l'Ich -Ideal" (idéal du moi) de Dora. Pourtant Lacan précise : "la fonction de l'Ideal - Ich [moi idéal] dont (...) l'analyste occupe la place un temps, pour autant qu'il fait son intervention au bon endroit, au bon moment, à la même place". Ce qui laisse penser à la confusion des deux places dans l'état amoureux comme dans le transfert.

Pour approfondir la relation entre symbolique et imaginaire, Lacan précise que si le moi idéal trouve sa matrice dans l'image du semblable, alors celle - ci polarise non pas seulement la passion amoureuse, mais aussi une agressivité d'autant plus destructrice que c'est entre les mains  de son semblable que l'enfant voit l'objet de son désir (alors même qu'il l'ignorait). Seul l'ordre symbolique assure une coexistence en permettant au désir de revenir au langage ( bien que marqué de censure et de refoulement ) ce qui rend le sujet à même d'enrichir son idéal du moi. Le symbolique conditionne même l'inter-subjectivité imaginaire, inhérente à la perversion, méconnue (malgré la thèse freudienne de sexualité perverse polymorphe de l'enfant) par la théorie du primary love de M.  Balint. Lacan vante par contre les mérites de l'inter-subjectivité  sartrienne ( in  L'Être et le néant ).

Lacan s'attarde ensuite sur la fonction de la parole quant au transfert : ce qui se creuse dans l'expérience de la parole, c'est, dit-il, l'être du sujet , que la parole peut dire, quoique incomplètement : reste toujours un arrière plan ambigu où la parole défaille. cependant cet au-delà de la parole n'est pas à chercher ailleurs ( dans les mimiques, crampes, ou émotions : tout le domaine dit para-verbal ) que dans la parole elle - même : "L'au-delà dont il s'agit est dans la dimension même de la parole" (p.256). Ce qui renvoie à la future distinction entre entre :

- ce qui s'articule dans la parole ( procès de l' énoncé ) et

- ce qui - tout inarticulable qu'il soit - s'y signifie cependant ( procès de l'énonciation )

D'où l'idée que "Le transfert comporte des incidences, des projections des articulations imaginaires, mais il se situe tout entier dans la relation symbolique". Ce qui renvoie à la conception lacanienne du désir comme désir de reconnaissance qui aboutit à l'affirmation que, de part sa texture symbolique, le désir est déjà une analyse du transfert.

Il est vrai que Lacan laisse en suspens dans ce séminaire plusieurs questions :

- celle de la place de l'analyste dans le transfert

celle de la contradiction interne du transfert ( facteur de progrès et obstacle dans la cure )

- et celle, enfin, du pourquoi du transfert qui demandait la formulation de la la notion à venir du sujet-supposé-savoir

Matière pour la suite de son enseignement...

 

SÉMINAIRE II

Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse

(1954 - 55)

 

Lacan tente dans ce séminaire d'approfondir la distinction : analyse du discours / analyse du moi.

LE MOI ET LE JE

La crise de la technique psychanalytique pousse Freud à écrire Le moi et le ça, Au-delà du principe de plaisir, Psychologie des masses et analyse du moi,  ainsi que Pour introduire le narcissisme. S'y élabore une conception inédite du moi, frappé d'illusion  fondamentale, au-delà de l'équivalence classique : moi - conscience. la découverte freudienne de l'inconscient est grosse de toutes sortes de contradictions, à commencer par la notion de "pensées inconscientes". Mais si la conscience est en effet transparente à elle - même, le "je" ne l'est pas qui incarne cet hors champ de la conscience et de ses certitudes où l'homme se reconnaît comme "moi". Le Dieu trompeur de Descartes qui abolit nos certitudes, est peut - être, avance Lacan, le retour de ce qui avait été rejeté ? "Le noyau de notre être " est extérieur au moi. Non seulement "le je du sujet inconscient n'est pas le moi", mais ce je n'est pas plus le "vrai moi" ce qui restaurerait l'unité brisée par Freud  ! En réalité la présence du sujet se fait d'autant plus sentir que le pronom "je" s'absente de l' énoncé. Surtout : je désigne le sujet, mais ne le signifie pas.

L'objectif de Lacan est bien de poursuivre la révolution copernicienne entamée par Freud consistant à rétablir l'excentricité du sujet par rapport au moi.

Après l'épuisement de la première fécondité de la découverte analytique ( basée sur l'exploration de l'inconscient à partir de ses rejetons : lapsus, actes manqués, rêves... ), les psychanalystes en sont venus à l'analyse du moi, pensant que le moi n'est qu'une erreur du je, et qu'une une simple prise de conscience ferait l'affaire... En réalité le moi,  dans l'expérience du sujet, remplit une fonction imaginaire : erreur psychologique de croire que c'est dabns l'espace du moi, donc de la conscience, que notre existence nous est donnée.

JEU DE SYMBOLE ET IMAGE DU MOI  

En elle - même la conscience est aussi aveugle que le miroir. Ce n'est qu'avec l'émergence du moi que le sujet reconnaît dans son image spéculaire qu'elle devient conscience de soi (conscience réflexive).  Tandis que la constitution de l'objet humain est prise dans l'impasse de la dialectique : jalousie - sympathie, du fait qu'à l'origine de l'unité du moi dépend du modèle donné au sujet par son semblable (ce vers quoi se dirige le moi, dépend de ce vers se dirige l'autre), le je, sujet décentré, fonctionne, lui, sur le mode d'un jeu de symboles. Ce qui ne signifie pas qu'une conscience ne peut apercevoir une autre conscience, mais que le moi, suspendu à l'unité d'un autre moi est incompatible avec lui sur le plan du désir.

Pour que l'échange puisse s'établir, il faut que le système symbolique intervienne dans le système conditionné par l'image du moi, comme dimension non pas de connaissance, mais de reconnaissance, pour que l'on puisse dire à l'autre : "je désire cela". Le moi ne peut donc se réduire à une fonction imaginaire, puisqu'il détermine à un certain niveau la structuration du sujet. Les systèmes du moi et de l'inconscient sont - ils équivalents, sont - ils simplement le négatif l'un de l'autre ?

SUJET, INSTINCT DE MORT ET MACHINE A CALCULER 

Problème (envisagé par Freud dans Au-delà du principe de plaisir) de l'articulation de la fonction restitutive du principe du plaisir et de la fonction répétitive. La conception homéostatique du système nerveux qui tendrait toujours à retourner au point d'équilibre est mise en cause par le rêve où ont lieu des déplacements, calembours, jeux de mots... : manifestations symboliques fonctionnant toutes seules.  A la place de l'hypothèse de l'instinct de mort Lacan propose le modèle de la machine à calculer qui se souvient à chaque question des questions précédentes. L'expérience antérieure de la machine circule en elle à l'état de message qui procède par ouverture ou non-ouverture, comme une lampe électronique par oui ou non. Un tel ce circuit, construit selon l'ordre des oppositions fondamentales du registre symbolique, toujours prêt à apporter une réponse, à cesser de fonctionner et à s'intégrer dans un jeu général, se rapproche de la compulsion de répétition : intégré dans le circuit du discours de l'autre, de mon père par exemple, qui a fait des fautes que je suis condamné à reproduire, ce qu'on appelle le super-ego.

En tant que conscience le sujet est une surface, en tant que moi, un automate en heurt avec un autre automate, et, en tant que soumis à la compulsion de répétition, il est comparable à un circuit intégré d'un circuit plus large dans une machine à calculer. Mais le sujet ne peut en fait se réduire à une machine à calculer pour une double raison :

- La machine répond aux questions, mais ne les pose pas

- elle peut accomplir des actes de connaissance, mais pas de reconnaissance

RÊVE D'INJECTION FAITE A IRMA 

Afin de saisir plus finement le sujet, Lacan analyse le rêve de l'injection faite à  Irma ( S. Freud, L'interprétation des rêves, 1900). Deux temps à ce rêve :

1/ Celui de la trinité féminine, Irma en premier, qui conduit à la vision d'angoisse

2/ D'où : l'appel au "congrès de ceux qui savent" avec une trinité cette fois-ci masculine : une foule freudienne

Au-delà du vacarme la formule ( elle aussi trinitaire )  écrite en gras caractères : triméthylamine. Rêve qui a lieu au moment où Freud s'interroge sur le sens de la névrose, de la cure et le bien fondé de sa thérapeutique. La formule, estime Lacan, signifie : il n'y a d'autre solution à votre problème que le mot... Réponse qui plane au-dessus des personnes du rêve, autant de figures où s'aliène le moi. L'inconscient  s'indique, lui, dans la récurrence des trois figures, en tant qu'il est extérieur à tous les sujets. On pourrait "appeler Nemo ce sujet hors du sujet qui désigne ( et que désigne) toute la structure du rêve"(p. 190-191). Il est "ce qui dans le sujet est du sujet et n'est pas du sujet". D'où se dégage la notion d'un autre absolu, au regard duquel le moi ne se pose pas en s'opposant : "un autre au-delà de toute inter-subjectivité (p. 209) [où se profile la figure, à venir,  du grand Autre].

Se pose dès lors le problème de l'affrontement du sujet en tant qu'il parle, au-delà de l'ego, au quod [relativement à quoi ] ou id, qui cherche à advenir dans l'analyse. Ce dont Lacan cherche la réponse dans l'analyse d'une nouvelle d'E. Poe : La lettre volée. 

LA LETTRE VOLÉE

La symbolisation du pair et de l'impair par les signe du plus ( +) et du moins ( - ) permet des lois fort précises. Indépendamment de toute causalité réelle, le symbole joue et engendre ses nécessités, ses organisations. Le sujet ne crée pas le jeu, il s'y insère et joue les petits plus et les petits moins. Il est lui - même un élément de la chaîne qui, dès qu'elle est déroulée, s'organise selon des lois de présence /  absence qui  connotent une présence et absence possibles. Dès que le sujet vient à l'être, il le doit à un certain non - être sur lequel il élève son propre être...

Ce qui peut se transposer au conte de Poe où la lettre sera synonyme du sujet initial du quod ultime, celui de l'expérience du sujet de l'inconscient : symbole se déplaçant à l'état pur auquel on ne saurait toucher sans être pris ipso facto dans son jeu. Ainsi le destin ou la causalité ne se définit pas en fonction de l'existence : quand les personnages s'emparent de la lettre, quelque chose les prend et les entraîne qui domine de beaucoup leurs particularités individuelles : "Pour autant qu'ils sont entrés dans la nécessité, dans le mouvement de la lettre, ils deviennent chacun, au cours des scènes successives, fonctionnellement différents par rapport à la réalité essentielle qu'elle constitue (...) : pour chacun la lettre est son inconscient" (p. 231).

DESIR

Le désir, d'après Lacan est désir de rien, rien d'effectif précise - t - il. Si, comme l'affirme Freud, le désir se satisfait dans l'hallucination, c'est qu'il "se réalise" ailleurs : dans le fantasme.

Désir qui est aussi un non-désir, accroché en tout cas à son statut de désir... Et désir innommable : si n'étant pas  quelque chose, le sujet est une absence, son désir dès lors est manque, non pas de quelque chose, mais manque d'être, par quoi l'être existe, au-delà de tout ce qui prétendrait le représenter. Il n'(est jamais qu'un reflet sur un voile... pourtant la vertu de l'analyse est de conduire le sujet à nommer son désir, mais il s'agit alors d'un désir que le sujet crée en le nommant : dégager en somme le désir du refoulement primaire où il reste prisonnier de son statut de désir vide, le désir étant d'abord défense... Si Lacan rappelle le caractère sexuel du désir et met l'accent sur la dimension libidinale du narcissisme, il ne dispose pas encore de sa future théorie de la fonction phallique.

En tout cas le désir, au-delà  de la concurrence, apparaît dès lors comme inscrit dans la " chaîne des symboles" où le moi lui-même est pris.

LE SCHÉMA "L"

Ce schéma représente une distinction conceptuelle entre deux registres qui restent liés dans la réalité : " Le langage incarné dans une langue humaine est fait ( ...) avec des images (...) qui ont toutes un rapport avec l'existence vivante de l'être humain, avec un secteur étroit de sa réalité biologique, avec l'image du corps. Cette expérience imaginaire leste toute langue concrète, et du même coup tout échange verbal, de ce quelque chose qui en fait un langage humain" (p. 367). mais faute d'une formulation claire de la division du sujet et de la constitution de l'objet partiel, Lacan considère encore l'imaginaire (malgré l'intervention d'O. Mannoni avançant que "cette doublure imaginaire ne hache pas seulement, mais qu'elle est la nourriture indispensable du langage symbolique )  comme un obstacle à la réalisation du sujet dans l'ordre symbolique.

 

 

ORDRE SYMBOLIQUE

L'ordre symbolique "n'est pas l'ordre libidinal où s'inscrivent aussi bien le moi que toutes les pulsions. Il tend au-delà du principe de plaisir, hors des limites de la vie, et c'est pourquoi Freud l'identifie à l'instinct de mort". Il est rejeté de l'ordre libidinal qui inclut tout le domaine de l'imaginaire, y compris la structure du moi. Et l'instinct de mort n'est que le masque de l'ordre symbolique en tant - Freud l'écrit - qu'il est muet, c'est-à-dire en tant qu'il n'est pas réalisé. Tant que la reconnaissance symbolique n'est pas établie, par définition l'ordre symbolique est muet. " L'ordre symbolique à la fois non-étant et insistant pour être, voilà ce qu'il y a de plus fondamental, - un ordre symbolique en gésine, en train de venir, insistant pour être réalisé" (p. 375). Ce qui rappelle la définition de l'inconscient comme non - réalisé du Séminaire XI, en germe dans l'adage freudien :" Là ou c'était, je dois advenir".

Reste la question du rapport de la pulsion de mort à un ordre symbolique séparé de l'ordre libidinal où s'inscrivent pourtant le moi et toutes les pulsions : en voulant assurer à l'ordre symbolique sa netteté conceptuelle  et son autonomie, Lacan va jusqu'à le séparer réellement de l'ordre imaginaire... Dégager une altérité tierce par rapport à la dualité imaginaire ( lieu des semblables ) impliquait ( en l'absence de la notion de fading ), une désubjectivation du sujet, sa réduction à un jeu de symboles, comparable à celui avec lequel est construite la machine. D'où une discussion avec les auditeurs qui refusaient cette désubjectivation (et l'abandon de  l'inter-subjectivité qu'elle impliquait) tout autant que la séparation entre le symbolique et le libidinal "qui inclut tout le domaine de l'imaginaire". D'où la discussion pour savoir si la priorité dans la constitution de la réalité humaine revenait à la parole ou au langage.

 

 

SÉMINAIRE III

Les psychoses

( 1955 - 1956 )

 

Dans ce séminaire Lacan tente d'appliquer les notions élaborées précédemment ( dont celle de symbolique et de l'Autre ) pour traiter la question de la psychose.

D'après Lacan, Freud envisage le matériel de la psychose comme un texte imprimé : les Mémoires du président Schreber qu'il déchiffre à la manière de Champollion. Dans la psychose la question posée n'est pas de savoir pourquoi l'inconscient est exclu pour le sujet ( bien qu' articulé à fleur de peau ), mais pourquoi apparaît - il dans le réel.

Hallucination visuelle : l'homme aux loups

Exemple premier, celui de l'hallucination visuelle du doigt coupé (ne tenant que pour un bout de peau) chez l'Homme aux loups : "Ce qui est retranché du symbolique  (à savoir la castration), dit Lacan, fait retour dans le réel". L'hallucination de l'Homme aux loups a eu lieu après qu'il a entendu parler d'une paysanne née avec six doigts à qui on a coupé le doigt surnuméraire à la hache, chose pour lui inénarrable, non symbolisable : retranchée du symbolique.

Hallucination auditive : "truie"

Le second exemple est une hallucination auditive  : une patiente a entendu le mot "truie" à elle adressé par un ami de la voisine, à l'intention de qui elle s'était dit  allusivement : " Je viens de chez le charcutier". Lacan fait appel à la notion de l'Autre où se présentifie ce qu'il y a d'inconnu, voire d'inconnaissable tant chez l'autre réel que chez le sujet en tant que sujet parlant, réduit chez la patiente à la transparence du moi avec lequel le sujet parle de lui - même. Or le moi est ( génétiquement et  structuralement ) extérieur à l'être qui s'y reconnaît. Aussi le message du sujet, réduit à sa matrice imaginaire, s'est fait dès lors entendre comme venant du dehors : non pas message de l'Autre reçu sous une forme inversée, mais message propre du sujet se produisant dans cet extérieur où se situe le "réel".

LE PRÉSIDENT SCHREBER 

Lacan présente ensuite un commentaire des Mémoires du président Schreber en posant les principes suivants :

1/ Distinction de trois registres au sein de la parole :

- le symbolique représenté par le signifiant

- l'imaginaire représenté par la signification

- le réel qui est le discours réellement tenu dans la dimension diachronique

2/ Si le sujet dispose d'un matériel signifiant pour faire passer des significations dans le réel, il faut distinguer le fait d'être capturé dans une signification et le fait d'exprimer cette signification dans un discours destiné à la mettre d'accord avec les autres significations diversement reçues. Avec le président Schreber nous avons à faire à un mécanisme imaginaire allant de la première capture dans l'image de la femme jusqu'à l'épanouissement d'un système du monde où le sujet est s' absorbé entièrement dans l'identification féminine.

3/ L'Autre est capable, comme le sujet, de faire croire et de mentir

4/ Le corrélat de la structure fondamentale qui fait de la parole de sujet à sujet une parole qui peut tromper, c'est qu'il y a aussi ce qui ne trompe pas. L'idée même de tromperie suppose une référence soit à un réel, soit à une parole qui dit ce qu'il en est : fonction diversement remplie selon les civilisations ( sphères célestes pour Aristote, Dieu non trompeur de Descartes ...).

Jeu de tromperie et croyance délirante

Schreber éprouve une divergence entre deux exigences de la présence divine :

- celle qui justifie le maintien du décor du monde extérieur

- celle du dieu devenant la dimension même de sa souffrance où se produira l'exercice permanent de la tromperie subvertissant tout ordre dans la pensée, transformant le monde en fantasmagorie, mais qui apparaît au sujet comme le plus certain de son vécu...

Jeu de tromperie entretenu par le sujet non pas avec un autre, son semblable, mais avec l'être premier, garant même du réel. Car, ce n'est pas de réalité dont il s'agit chez le psychotique, mais de certitude. Croyance délirante : le psychotique reconnaît que ce qu'il éprouve n'est pas de l'ordre de la réalité, mais cela n'atteint pas sa certitude : qu'il est concerné. Cette croyance est chez Schreber, initialement, celle de l'assassinat de l'âme ( Seelenmord ). Elle lui reste d'ailleurs, à lui - même, énigmatique : Qu'est - ce donc qu'assassiner une âme ?

Cela culmine dans la mission salvatrice (qui motive la publication de ses Mémoires). Mais si Schreber est écrivain, il n'est pas poète : pas de création, ici, d'un sujet assumant un nouvel ordre de relation symbolique au monde. son témoignage est objectivé : il est violé, manipulé, transformé, parlé, voire jacassé... Et, pour Lacan, c'est dans ce défaut de poiesis qu'il y a assassinat d'âme.

Quel est alors le mécanisme sous jacent à ce délire ?

Position féminine hors symbolisation primitive chez Schreber

Lacan baptise  symbolisation primitive ce que Freud appelait affirmation primitive (Bejahung). Il ne s'agit pas d'une symbolisation opérée par un sujet ( même pas sous la forme initiale où il constitue la présence et l'absence en les réglant sur le couple phonématique Fort - Da), mais d'une symbolisation où le sujet est déjà pris : les deux vocables Fort et Da sont déjà là. La Verwerfung freudienne devient donc chez Lacan défaut, ou rejet de la symbolisation primitive. Plutôt défaut chez Schreber qui ne saurait en aucun cas accéder au non symbolisé et moins encore l'assumer.  

 Il ne s'agit pas ici d'un refoulement de la position féminine où le symbolisé ferait retour comme dans un symptôme névrotique, ni d'une dénégation où l'on se dit en s'affectant du signe négatif. La position féminine (celle qu'un homme peut assumer sur le plan symbolique tout en restant homme dans l'imaginaire et le réel et qui nous permet de satisfaire notre réceptivité quand par exemple nous recevons la parole) était étrangère à Schreber.  C'est la fonction féminine dans sa signification symbolique essentielle, au niveau de la procréation, en relation avec la paternité, qui se manifeste à lui par une irruption dans le réel, d'une étrangeté radicale qui subvertit toutes ces catégories. Ce retour dans le réel de ce qui de ce réel était resté hors de la symbolisation primitive induit un remaniement ( par une exigence de cohérence proprement psychotique ) de la relation au monde où consiste le système délirant. Guérison, dit Lacan, sans abus de langage...

Mais d'où vient que la fonction féminine soit restée hors symbolisation chez Schreber ? Avatar ravageant du complexe d'Oedipe dit Lacan.  

Le délire de Schreber illustre la dialectique imaginaire qui se distingue d'une relation instinctuelle, naturelle, en raison de la structure générique du stade du miroir qui fait d'avance du monde imaginaire humain quelque chose de décomposé : le délire est un jeu des fantasmes frappé de duplicité. Les deux personnages auquel le monde se réduit pour Schreber sont faits l'un par rapport à l'autre, l'un offre à l'autre son image inversée (la projection psychotique n'a rien à voir avec la projection de la jalousie névrotique).

Complexe d'Oedipe et ordre symbolique

Pour Lacan "complexe d'Oedipe" équivaut à "ordre symbolique" : pour que la relation naturelle, du mâle à la femelle, puisse s'établir chez ce sujet biscornu ( du fait du remaniement des besoins par leur entrée dans les signifiants de la demande) qu'est l'être humain, il faut la médiation d'un non-naturel qu'est l'ordre de la parole, c'est - à - dire du père. Ce qui fait que l'individu est reconnu dans l'ordre social comme étant Untel, nom qui n'a rien à voir avec son existence vivante, qui la dépasse et la perpétue, bien au-delà, sur les pierres tombales... Alors que l'identité imaginaire est, elle, vouée à la fragmentation ( deux Fleschig : inférieur et supérieur etc.) . Ce qui lui manque c'est l'intervention d'un tiers, image d'une harmonie. 

Verwerfung

Rien à attendre de l'abord de la psychose, d'après Lacan, par l'imaginaire, qui donne à la psychose la forme de son aliénation, mais non sa dynamique. La réalité est marquée d'emblée par la "néantisation symbolique" : "L'être humain pose le jour comme tel ( ...) sur un fond qui n'est pas un fond de nuit concrète, mais d'absence possible du  jour, où la nuit se loge, et inversement d'ailleurs. Le jour et la nuit sont très tôt codes signifiants et non expériences. ( ns)"

D'où la nécessité structurale de poser une étape primitive où apparaissent dans le monde des signifiants comme tels, ce qui implique le langage. Le jour en tant que jour n'est pas un phénomène, il implique l'alternance fondamentale des vocables connotant la présence et l'absence. C'est dans ce champ d'articulation symbolique que se produit la Verwerfung.

Présentation mythique (à des fins didactiques)  : un signifiant fondamental resté dans les ténèbres extérieures serait à la base de la paranoïa. En réalité Lacan ne croit pas qu'il y ait un moment où le sujet acquiert le signifiant primitif, suivi de l'introduction des significations, puis que le signifiant s'étant lié au signifié, surgisse soudain le domaine du discours ! En tout cas la bonne présentation n'est pas simple... Lacan reprend la notion de multiplicité d'enregistrement dans la mémoire ( lettre 52 de Freud à  Fliess) pour avancer que : "Dans l'Homme aux loups, l'impression primitive de la fameuse scène primordiale est restée pendant des années, ne servant à rien, et pourtant déjà signifiant, avant d'avoir son mot à dire dans l'histoire de sujet. Le signifiant est donc donné primitivement, mais il n'est rien tant que le sujet ne le fait pas entrer dans son histoire" (p.177). Loin de manquer le signifiant a donc toujours existé, mais il n'était rien. Sans doute ne signifiait - il rien et c'est le sujet seulement qui, en  s'historisant, donne au signifiant primitif sa signification.

La question de l'hystérique : " qu'est-ce qu'une femme ? "

La dissymétrie de l'Oedipe chez les deux sexes se situe essentiellement, dit Lacan, au niveau symbolique. C'est la Gestalt phallique qui fournit à la société humaine le signifiant qui sert à différencier les deux sexes comme marqué et non marqué. L'homme se pose, non pas sur un fond de femme concrète, mais sur un fond d'absence possible de l'homme, où la femme se loge. Le symbolique " manque de matériel" : "le sexe féminin a un caractère d'absence, qui fait qu'il se trouve moins désirable que le sexe masculin dans ce qu'il a de provocant, et qu'une dissymétrie apparaît" ( p. 199, n.s.). Mais il n'en reste pas moins que ce "manque de matériel" (qui fait que l'un des sexes est contraint de prendre pour base de son identification l'image de l'autre sexe) est le même pour le névrosé et pour le psychotique.

Structure

Pour y pallier Lacan rappelle la définition de la structure : un groupe d'éléments formant un ensemble covariant : ensemble et pas totalité. Cela semble contredire que tout système de langage recouvre la totalité des significations possibles, mais "il n'en est rien, car cela ne veut pas dire que tout système de langage épuise les possibilités du signifiant" (p. 209). Il convient de distinguer entre les "significations possibles" ( déjà réalisées dans le langage) et les possibilités du signifiant d'engendrer toujours de nouvelles significations.

Sujet et signifiant

Lacan remet en cause la théorie de la communication qui réduit le signifiant au message. Il n'y a de signifiant que dans la mesure où à l'arrivée on prend acte du message : "il n'y a d'autre définition scientifique de la subjectivité qu'à partir de la possibilité de manier le signifiant à des fins purement signifiantes et non significatives c'est-à-dire n'exprimant aucune relation directe qui soit de l'ordre de l'appétit"(p.214). La réflexion lacanienne sur le signifiant s'articule étroitement avec une pensée du sujet. L'écart entre signifiant et signifié, fait qu'il y a à la fois un sujet du signifié et ( surtout ) un sujet du signifiant. Le signifiant est à appréhender, certes, dans son lien au message, mais aussi et surtout dans l'acte qui en accuse réception. La liberté du sujet comme maître du signifiant a une limite, dans la mesure où sa  subjectivité même dépend de la symbolisation primitive (Bejahung ). D'où la question : quel est ce signifiant dont l'introduction constitue l'Oedipe, et dont le défaut entraîne la forclusion de la position féminine ? C'est du côté du mécanisme du "comme si" (as if) théorisé par H. Deutsch comme symptomatique schizophrénique, que Lacan cherche la réponse. Il s'agit d'un mécanisme de compensation imaginaire de l'Oedipe absent, qui donne au sujet la virilité sous la forme, non pas d'image paternelle, mais du signifiant : du nom-du-père.

La fonction paternelle

Le père n'est pas le géniteur et c'est justement cette fonction (paternelle)  que Schreber réalise imaginairement. Le père est celui qui possède la mère et qui entretient avec le fils un rapport, non pas de rivalité, mais de pacte. Par contre certains les pères d'un autoritarisme absolu produisent une aliénation radicale qui n'est plus liée à un signifiant néantisant ( comme dans la relation rivalitaire avec le père où se met en place la crainte de la castration ), mais à un néantissement du signifiant vidé de son sens : le sujet est dès lors incapable d'assumer la réalisation du signifiant père au niveau symbolique. Il ne lui reste que l'image à laquelle se réduit la fonction paternelle (cas de forclusion par excellence).

Métaphore / métonymie

Qu'en est - il dès lors de la relation du sujet au signifiant ? Lacan relève deux traits dans les phrases serinées à Schreber ( elles se limitent à la partie syntaxique et toute métaphore en est absente ) qu'ils interprète suivant la distinction jakobsonienne des axes métaphorique et métonymique? mais pour lui la métaphore engendre une signification qui arrache le signifiant à ses attaches lexicales/ seule, similarité entre "Booz" et " sa gerbe" est  positionnelle : la métaphore est soutenue d'abord par une articulation  positionnelle et le langage est un système de cohérence  positionnelle. Et ce n'est que dans un deuxième temps que le système se reproduit à l'intérieur de lui - même avec une grande fécondité. 

Le sujet et l'Autre

Pour comprendre la prévalence chez Schreber de la métonymie ( dont des assonances : Santiago /  Carthago etc.) il faut recourir à la question du rapport du sujet à l'Autre et introduire, parallèlement à l'opposition métaphore / métonymie, celle entre :

- la fonction fondatrice de la parole

- les mots de passe où se déroulent les questions et les réponses

Opposition flagrante dans deux emplois du "tu" : comme signifiant et comme désignation. Exemple : si je te dis : "Tu es celui qui me  suivra", c'est une convocation, voire un impératif où le tu désigne celui qui est en face, et peut me désigner, comme dans "Tu ne changeras pas" adressé à moi - même. C'est le "tu" du surmoi et de l'intimation délirante. Mais : "Tu es celui qui me suivras" est une vocative qui signifie le lieu où se constitue la parole, lieu où le sujet reçoit son propre message sous une forme inversée : l'Autre surgit ici dans son originalité de tiers, celui qui aura à répondre à ce que le vocatif comporte d'investiture.

A l'appel du nom-du-père rien ne répond...

Nous voilà au centre du drame schréberien : à la place où le président Schreber est invoqué comme père ( Le langage dit : tu ), à l'appel du nom - du - père rien ne répond. Dès lors la seul réaction possible de réagir pour le rattacher au langage c'est de se présentifier dans ce menu commentaire de la vie ou automatisme mental. Le tiers qu'est le père est un élément signifiant irréductible à tout conditionnement imaginaire, d'où le drame de Schreber. La forclusion vide le signifiant de tout ce qui s'y affirme primitivement. En réponse à son appel, le sujet ne peut que gonfler l'image paternelle, car c'est tout ce qui lui reste, pour en faire un "Lui" où toute la réalité se résorbe, alors que les choses s'amenuisent, pour devenir des ombres porteuses des voix...

Lacan avait à résoudre dans ce séminaire la difficulté de concilier l'indépendance du signifiant par rapport à la signification avec une symbolisation primitive, qui ne saurait agir que de faire sens, celui même que le père réel se doit soutenir.

 

SÉMINAIRE IV

LA RELATION D'OBJET

(1956 - 57)

La notion de relation d'objet est alors au centre des débats dans la communauté analytique : rectifier le rapport du sujet à l'objet était le but de la cure. Mais le schéma L construits par Lacan dans les trois séminaires précédents montre que la relation d'objet, en tant que duelle, se limite à la ligne a-a'.


 

 

Object findung et la répétition insatisfaisante 

La relation d'objet, remarque Lacan, n'occupe pas une place centrale chez Freud qui parle de "trouvaille de l'objet" ( Die Object-findung ) qui implique une répétition insatisfaisante ( au contraire de la réminiscence platonicienne). Et c'est donc dans ce registre de l'impossible à satisfaire que Freud situe la retrouvaille de l'objet perdu, d'où un rapport radicalement conflictuel du sujet à son monde.

Il en va de même avec la notion de réalité ( et avec l'articulation des principes de plaisir et de réalité ) qui se présente chez Freud en opposition foncière avec ce que vise la tendance. De même encore à propos de l'ambivalence de certaines relations fondamentales donnant l'apparence d'une réciprocité directe et sans béance ( voir-être vu, attaquer-être attaqué, passif-actif ) qui impliquent nécessairement l'identification au partenaire. D'où la relation dite d'objet où le l'objet génital, posé comme idéal, apparaît comme le point de mire visé par les expériences partielles de l'objet ( théorie du développement libidinal de K. Abraham, 1924 ).

Lacan pointe d'abord le lien de l'objet à l'angoisse ( de castration ) dans la phobie et dans le fétichisme, sans préciser le rapport qu'il y a entre l'objet surgi sur fond d'angoisse et celui qui ne se trouve jamais ( ou ne se trouve que ) dans la trouvaille.

A la question de savoir si l'objet est "réel" ( au sens des tenants de la relation d'objet ) Lacan répond en précisant la dialectique de l'analyse tourne autour d'un objet majeur, le phallus, à ne pas confondre avec le pénis : distinction débattue dans les années 1920-30 au sujet du "phallicisme". qui implique selon Lacan "le dégagement de la catégorie de l'imaginaire" (p.31).   Le problème étant de savoir ( sans être encore explicitement formulé par Lacan ) s'il s'agit du même imaginaire que celui, spéculaire, de la relation au semblable. 

Variétés du manque : castration, frustration, privation

La discordance de l'objet trouvé par rapport à l'objet cherché chez Freud, trouve résonance chez Lacan dans sa théorie du manque où, par exemple le sujet vit un manque imaginaire dans la frustration, dont l'objet pourtant est réel.  

Mère, phallus, enfant

 Lacan réfute la conception balintienne d'une totalité de besoins formés par la mère et l'enfant et rappelle que d'après Freud  la relation de la femme à l'enfant est frappée de sa relation au phallus, objet majeur de son manque.

[On peut ici se demander s'il s'agit d'un rapport au phallus avec lequel la mère rivalise et qu'elle revendique, position, à la limite de "fausse maternité" où l'enfant devient un ersatz phallique. Ou bien s'agit-il du phallus que la femme a accepté de perdre pour l'avoir reconnu au père, l'enfant représentant alors  pour elle, en tant que mère, toujours le phallus, certes, mais comme objet de castration et non de frustration. ]

Lacan avance simplement  que si " la femme  trouve dans l'enfant une satisfaction, c'est très précisément pour autant qu'elle trouve en lui quelque chose qui calme en elle, plus ou moins bien, son  besoin de phallus qui le sature" (p.70), car "l'enfant en tant que réel symbolise l'image" (p.71).

Père symbolique et père réel

Lacan articule ensuite les notions de père symbolique et de père réel, apparemment porteur de l'objet phallique. Le père symbolique est générateur de l'image phallique par le biais de la métaphore paternelle (substitution du signifiant paternel au désir de la mère). Si le signifiant de la loi, dit Lacan, est un fait de langage, l'image phallique est un effet de parole où se lit le désir de la mère (et dés lors, pour peu que le discours de la mère vide le signifiant de tout sens, qu'il l'anéantisse, il y aura effet de forclusion).

"Le triangle ( mère-phallus-enfant), dit Lacan, est en lui-même pré-oedipien. Il n'est isolé que par abstraction, et ne nous intéresse que pour autant qu'il est ensuite repris dans le quatuor qui se constitue avec l'entrée en jeu de la fonction paternelle, à partir de ce que nous pouvons appeler la déception fondamentale de l'enfant [celle du constat de son insuffisance pour la mère]" (p.81).

Le père est l'élément qui permet de "maintenir entre les trois termes de la relation mère-enfant-phallus un écart suffisant pour que le sujet n'ait pas pour le maintenir à donner de soi, à y mettre du sien [par exemple en recourant à la phobie] (p. 75).

Fétichisme et phallus comme manque

Pour accéder à l'au-delà de l'objet, qui est le propre du désir comme retrouvaille, le sujet peut tenter de s'identifier d'emblée à la mère, mais dans la mesure où les relations imaginaires sont réciproques ( puisqu'elles sont spéculaires ), le sujet s'identifiera aussi à l'objet : la mère est dès lors un objet auquel il s'identifie et pour qui il est lui-même objet. Diplopie du fétichiste dont l'objet symbolise le phallus.

Le phallus (notion en voie d'élaboration) désigne un au-delà de l'objet visé dans toute relation d'objet. Lacan n'en reste pas à la vision freudienne du fétiche comme dénégation de l'absence du pénis de la mère et montre comment ce qui est désiré au-delà de la femme aimée, c'est ce qui lui manque. Et dans l'amour le plus idéalisé, ce qui est cherché dans la femme "c'est l'objet central de toute l'économie libidinale - le phallus [comme définition et support du manque à être] (p.110). Conception  qui permet à Lacan de définir l'amour comme don de ce qu'on n'a pas : le phallus, qui, en tant qu' absent de l'échange ( du don, comme du contre-don) peut devenir objet de frustration et par là même s'intégrer imaginairement dans le champ narcissique du sujet. Tandis que la castration "n'est rien d'autre que ce qui instaure dans son ordre vrai la nécessité de la frustration (inhérente à la demande d'amour), ce qui la transcende et l'instaure dans une loi qui lui donne une autre valeur"(p. 99).

A partir du texte de Freud "Un enfant est battu" ( in Névrose, psychose, perversion", Paris, PUF, 1973, p. 219), Lacan fait un rapprochement entre le fantasme de l'autre qui bat l'enfant que je hais pour me manifester son amour et le fétiche, dans la mesure où les deux se fixent sur le modèle du souvenir écran : le moment où la chaîne de la mémoire s'arrête.

Puis il commente l'exemple de Freud d'une analyse de fétichiste à travers un calembour, figé dans une capture par l'image (comme dans toutes les perversions), d'où le rapprochement avec le souvenir écran : un homme, qui avait vécu, enfant, en Angleterre, puis s'était installé en Allemagne, était très attiré par un brillant sur le nez (ein Glanz auf die Nase) des femmes. Ce qui signifiait, d'après Freud, un regard sur le nez (nez qui était un symbole...) : l'expression allemande transposant l'expression anglaise : a glance at the nose.

Le fétiche, dit Lacan, se caractérise par ce fait que la mémoration, ou historisation, s'y arrête au bord de la robe, "là où l'on rencontre la chaussure (qui peut ...) prendre la fonction de substitut de ce qui n'est pas vu, mais qui est articulé, formulé, comme étant vraiment pour le sujet ce que la mère possède, à savoir le phallus, imaginaire sans doute, mais essentiel à sa fondation symbolique comme mère phallique" (p. 119).

L'idée d'un imaginaire non spéculaire est ici présente en germes dans la mesure où le rapprochement entre fétiche et souvenir écran permet de situer le phallus comme voilé : le fétiche n'est pas seulement le substitut du phallus (dont l'absence chez la mère s'imaginarise comme castration), mais aussi le symbole d'un phallus que le sujet pose comme étant ailleurs : pas un locus, mais la forme même de l'absence. Il y a donc dans le fétichisme une attribution d'un objet imaginaire dont la possession et la non-possession s'avèrent équivalentes : paradoxe du "phallus que la mère a, donc qu'elle n'a pas". Tandis que chez Freud le phallus garde une certaine positivité, il devient chez Lacan, le manque même [la "mère phallique" serait le mode sous lequel le fétichiste appréhende la mère comme désirante, car rien ne représente mieux le phallus absent qu'une femme affublée d'un substitut pénien].

La négation de la castration se traduit par un changement de registre : ce qui a à être reconnu comme objet de castration symbolique s'éprouve comme objet de frustration.

Que le phallus ne se dévoile jamais, tout en étant un au-delà de l'objet démontre sa nature de "vrai signifiant" qui "ne peut jamais être pris à sa valeur faciale"(p.194). Et s'il se dévoile ( réellement ), ce n'est que comme fétiche.

S'identifier au phallus fait du sujet un objet trompeur : tromperie nécessaire pour parer à l'insatisfaction de la mère qui sinon, se jetterait goulûment sur lui et lui sur elle : c'est "en tant qu'il montre à sa mère ce qu'il n'est pas, que se construit tout le cheminement autour duquel le moi prend sa stabilité" (ibid).

Ce que démontre l'observation de Hans qui permet à Lacan de mettre à l'épreuve sa conception de l'Oedipe. A la place de l'Oedipe classique (dont sort par la menace de castration pour le garçon, ou par l'aperception de la castration maternelle chez la fille), Lacan propose une oedipification due à la prise dans l'ordre symbolique dont la résolution nécessite une normativation par la fonction du père réel où se manifeste qu'il y a du père. D'où les fonction des objets phobiques "de suppléer au signifiant du père symbolique".

Problème du petit Hans d'avoir eu un père réel qui n'était pas castrateur ("s'il y a castration, c'est dans la mesure où le complexe d'Oedipe est castration", p. 367). La castration nécessite la survenue de la métaphore paternelle  (là où les positions de l'enfant à l'endroit de la mère seraient autrement vacillantes) plus la signification ("ce dans quoi l'être se retrouve, et où l'x [ l'enfant] trouve sa solution", p.379).

C'est la métaphore paternelle qui introduit la béance de la relation mère - enfant, c'est-à-dire le phallus en tant qu'il manque à la mère, ce qui permet à l'enfant, à travers la rivalité oedipienne, de se prendre pour ce qu'il n'est pas. Le franchissement de l'Oedipe correspond à la reconnaissance de la castration symbolique, faute de quoi l'enfant à une relation sadique-orale ( de dévoration) à la mère. La phobie permet de remplacer la métaphore paternelle : un mal défini vient ici à la place d'un mal indéfini. "Pour remplir la fonction de transformer cette angoisse en peur localisée, dit Lacan, le sujet choisit une forme qui constitue un point d'arrêt (...) autour de quoi s'accroche ce qui vacille, et qui menace d'emporter le courant intérieur issu de la crise de la relation maternelle. Tel est, dans le cas du petit Hans, le rôle du cheval." (p. 400). La résolution de la phobie s'est accompagnée d'une réduplication maternelle, "comme s'il était nécessaire qu'il y eût un troisième personnage, et que, faute que ç'ait été le père, c'est la fameuse grand-mère" (p.386, n.s.).

Dans ce séminaire Lacan commence à penser un objet étrange :  imaginaire et pourtant non visible, doté du don d'ubiquité (sans être saisissable en aucun lieu) et dont l'attribution creuse le manque tandis que sa possession débouche sur une radicale dépossession... On aura reconnu dans cette tentative de description le dit "objet petit a", en cause dans le désir : objet même, selon Lacan, de la psychanalyse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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