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QUELQUES GRANDES FIGURES 

DE LA

"PSYCHO - SPHÈRE"

 Grandes figures de la Psycho-sphère 

 

Vous trouverez ici un certain nombre de biographies des grandes figures de la psychologie, de la psychanalyse, de la psychothérapie, de la psychiatrie et du monde de l'éducation. 

Étant donné la richesse du "monde" psy, il est entendu que le choix des personnalités, ainsi que le contenus des informations les concernant, est nécessairement frappé d'un certain arbitraire que je me suis efforcé cependant de réduire autant que faire se peut.

La présentation de chaque personnalité comprend un certains nombre d'éléments biographiques, conceptuels et bibliographiques.

Je serais on ne peut plus reconnaissant à tous ceux qui me feraient part de leur appréciations, remarques ou critiques quelles qu'elles soient.

 

  ABRAHAM ( Karl )

Médecin et psychanalyste allemand

(Brême 1877 - Berlin 1925)

  ABRAHAM Karl

Assistant de E. Bleuler à Zurich à l'hôpital psychiatrique  du Burghölzli, ( 1904 - 1907 ), il rencontre C. G. Jung qui l'initie à l'oeuvre de Freud dont il devient le disciple en 1907. Installé à Berlin comme spécialiste des maladies nerveuses, il exerce la psychanalyse. En 1910 il fonde la Société psychanalytique de Berlin qu'il présidera jusqu'à sa mort. Il contribue grandement à la diffusion de la psychanalyse hors de Vienne. 

L'oeuvre d' Abraham va de l'étude du mariage entre personnes apparentées à celle du rêve et du mythe ( 1909) à la formation du caractère, au développement de la libido ( 1916) et jusqu'aux psychoses.

Il élabore la notion d'objet partiel, définit les processus d'introjection et d'incorporataion.  Ses idées sur la précocité des relations d'objet et des stades  prégénitaux sont à l'origine des conceptions de M. Klein et de M. Bouvet.

Outre sa correspondance avec Freud, signalons :

- Rêve et mythe, 1909

- Examen de l'étape la plus précoce de la libido, 1916

 

  DOLTO ( Françoise )

 

 

 FERENCZI ( Sandor )

Médecin et psychanalyste hongrois

(Miskolcz 1873 - Budapest 1933)

 

 

Les origines

Issu d'une famille de Juifs polonais immigrés en Hongrie, Sandor FERENCZI est sans doute une des figures les plus énigmatiques et les plus attachantes parmi les pionniers de la psychanalyse.

Ferenczi était le fils d'un libraire qui s'était engagé en 1848, à l'âge de 18 ans, dans le combat dans l'armée des volontaires qui combattaient contre les Habsburgs pour l'indépendance de la Hongrie. Il deviendra l'éditeur d'un des principaux poètes de la résistance hongroise, Michel Tompa, un pasteur protestant. Parmi ses onze enfants, Ferenczi était son cinquième fils. Sandor perdra son père à l'adolescence. Nous savons, en effet, que quand il atteint ses 17 ans et qu'il commence ses études de médecine, sa mère est déjà veuve.  Ferenczi  idéalisera son père et entretiendra des relations ambivalentes avec sa mère.

Durant ses études de médecine et de neuropsychiatrie à Vienne, il ne sera pas un élève particulièrement studieux, ce qui ne l'empêchera pas de terminera néanmoins son cursus en temps normal. De retour à Budapest, il s'installe comme omnipraticien et neuro-psychiatre, puis devient expert - psychiatre auprès des tribunaux. Il exerce la médecine générale jusqu'en 1910, date à partir de laquelle il se consacrera entièrement à la psychanalyse.

Sa première lecture de L'interprétation des rêves de S. Freud n'avait guère retenue son attention. Collaborateur d'une des principales revues médicales hongroises, on l'avait prié de rédiger une note sur la Science des rêves de Freud. Après avoir rapidement parcourue la Traumdeutung, il refusa, estimant que le livre n'en valait pas la peine...

Par contre c'est à partir de la découverte du test d'association verbale inventé par Jung qu'il entreprend d'explorer la littérature psychanalytique : "il acheta un chronomètre et dès lors, nul ne fut à l'abri de son zèle. Quiconque lui tombait sous la main dans les cafés de Budapest, écrivain, poète, peintre, préposée aux toilettes ou serveur, était soumis à l'"épreuve d'association" (M. Balint, Préface au t. I des Oeuvres complètes de S. Ferenczi).

 

 

 

LE DISCIPLE PRÉFÉRÉ DE FREUD

Dès février 1908, Ferenczi rencontre le père de la psychanalyse qui, très favorablement impressionné par lui, non seulement le charge d'une communication à présenter au 1er Congrès de psychanalyse à Salzbourg (avril 1908), mais l'invite (fait exceptionnel) à passer ses vacances avec lui et sa famille à Berchtesgaden. Dés l'année suivante il accompagnera Freud avec Jung lors du fameux voyage en Amérique.

Ainsi Ferenczi devient rapidement le disciple préféré, et à la fois l'ami, de Freud qui avait même envisagé au début qu'il devienne son gendre : "De nombreux voyages d'été et d'innombrables discussions scientifiques s'en suivirent, dont Ferenczi n'était pas le seul à tirer avantage. En plusieurs occasions Freud mentionne dans ses lettres comment telle ou telle remarque faite au cours de ces conversations l'a aidé à franchir une difficulté. De son côté, Ferenczi, dans ses articles, n'a jamais manqué une occasion d'exprimer sa gratitude à Freud pour la stimulation apportée à quelqu'une de ces idées." (M. Balint, ibid).

Freud allait jusqu'à dire de lui : "La Hongrie, si proche de l'Autriche géographiquement et si éloignée scientifiquement, n'a produit qu'un seul collaborateur, S. Ferenczi, mais un collaborateur qui, à lui seul, vaut toute une Société." (S. Freud, Histoire du mouvement psychanalytique, 1914).

Cette proximité n'ira pas sans créer des tensions, croissantes, entre les deux hommes. En effet, "personnalité chaleureuse et rayonnante, (qui) rendait généreusement tous les sentiments, Ferenczi gardera toute sa vie un énorme besoin d'amour : "il lui en fallait toujours plus" ( M. Balint, ibid).

Ferenczi  reprochera à Freud de ne pas comprendre son besoin de "sincérité absolue", de transparence. Rêve d'une relation parfaitement symétrique qui ipso facto installait Freud en position de Père idéal, Autre absolu qui aurait pu tout comprendre et répondre à tout. L'analyse que Ferenczi fera avec Freud ne suffira pas à résoudre  ce problème.

Approchant de la quarantaine Ferenczi, célibataire endurci, était attaché à Gisella, une femme mariée et qu'il avait prise en analyse. Celle - ci, séparée de corps d'avec un mari qui refusait le divorce, était de sept son aînée. Il ne pouvait par conséquent espérer avoir d'enfants d'elle, ce qui était pourtant un de ses voeux les plus chers.  Après être tombé amoureux de Gisella, il éprouvera des sentiments très intenses pour la fille de celle-ci, Elma , en cure, elle aussi, avec lui. Les amours orageuses de Ferenczi attirent l'attention dans la mesure où elles témoignent d'une pratique alors fort peu codée de la psychanalyse.

 

 

 

A l'occasion de la controverse Freud  / Jung, Ferenczi réfutera les thèses jungiennes dans un important essai critique (Wandlungen und Symbole der Libido).

Quand éclate la guerre en 1914 Ferenczi, en attendant d'être requis à l'arrière, décide d'entreprendre une analyse ( qui ne durera que quelques mois ) avec Freud. :"L'analyse qu'il fit avec Freud lui laissa une impression profonde. Ferenczi appartenait à cette sorte d'hommes qui répondent facilement et de tout leur être lorsqu'il rencontrent de la sympathie et se sentent de l'affinité avec quelqu'un. (...) L'intensité des émotions, transférées et actuelles, fut certainement considérable." (M. Balint, ibid).

L'effondrement de la monarchie des Habsburg en 1918, aboutit à la création en Hongrie d'un gouvernement progressiste qui confie à Ferenczi la première chair de Psychanalyse au monde, tandis que le décès du mari de Gisella leur permet enfin de se marier.

Parmi les articles cliniques de cette époque (1913) on peut retenir notamment : "Un petit homme-coq"( Oeuvres complètes, t.II,p. 72-78), sorte de pendant théorique au fameux cas du "Petit Hans" de Freud,  où Ferenczi analyse le cas d'un petit garçon de cinq ans qui s'était identifié à un coq (qui fournira à Freud un exemple de totémisme positif).

D'autres articles importants de la période de la 1ère guerre mondiale concernent les rapports entre homosexualité et paranoïa.

 

UN THÉRAPEUTE DANS L'ÂME

Comme on sait, contrairement à Freud qui a tendance à voir dans la thérapie analytique surtout un moyen pour explorer le psychisme humain, Ferenczi est un thérapeute dans l'âme. Ce qui le passionne, tout autant que la théorie, c'est la pratique de la cure. 

Ferenczi dénoncera très tôt l'appauvrissement et la stérilisation progressive de la technique analytique : "depuis l'introduction de la deuxième règle fondamentale, les différences de techniques sont en train de disparaître." (S. Ferenczi, Élasticité de la technique psychanalytique, 1927, OC, t. IV, p.55).

Dans "La technique psychanalytique" ( objet d'un exposé à la Société hongroise de psychanalyse en 1918, mais publié seulement en 1919), Ferenczi aborde trois principaux thèmes :

1°- "la nécessité de prêter la même attention au contenu des associations et aux "éléments formels" du comportement des patients en analyse" (M. Balint, ibid)

2°- "l'importance de la nature envahissante des associations" (ibid)

3°- "l'interaction entre le transfert du patient et la technique de l'analyste, c'est - à - dire son contre - transfert" ( ibid).

Dans la dernière partie de cet article Ferenczi explicite la question du "contre - transfert" qui prendra une place croissante dans ses écrits et inspirera de nombreux auteurs post-freudiens ( dont Winnicott, ou M. Little ).

Dans un premier temps Ferenczi a le souci d'attirer l'attention des analystes sur la nécessité de maîtriser leur contre - transfert. Pour lui, "en dernière analyse tout transfert (...) se rapporte soit à la mère indulgente, soit au père sévère, ( ce qui implique ) que tout patient est d'une certaine façon un enfant et qu'un de ses plus chers désirs est d'être traité comme tel par l'analyste.  En conséquence tout analyste doit apprendre à doser, selon le cas, sa sévérité, sa tolérance, son objectivité, ou sa sympathie. Autrement dit l'analyste a une double tâche. D'une part il doit écouter avec sympathie et accepter tout ce que le patient lui offre, pour être en mesure de déduire ou de reconstruire à partir du matériel verbal et du comportement actuel le conflit et les problèmes inconscients du patient; d'autre part il doit avoir la maîtrise totale de ses propres réactions contre - transférentielles." ( M. Balint, ibid).

Cependant dans un article qui paraît quelques mois plus tard sous le titre de " Difficultés techniques d'une analyse d'hystérie" (1919), Ferenczi avance déjà des arguments qu'il systématisera dans sa future "technique active". Une fois devenu capable de maîtriser suffisamment les sentiments contre - transférentiels, l'analyste doit pouvoir dans les cas de structures rigides intervenir directement pour "influencer l'interaction entre le transfert du patient et son propre contre - transfert en modifiant ce dernier dans un sens précis" (M. Balint, ibid.).

Ferenczi conclue son article, qui traite de l'impact sur la cure de diverses formes de masturbations substitutive chez une de ses patientes, en précisant qu'il a été "amené à abandonner le rôle passif que le psychanalyste joue habituellement dans la cure, et qui se limite à écouter et à interpréter les associations (... et a ) aidé la patiente à dépasser les points morts du travail analytique en intervenant activement dans ses mécanismes psychiques" ). Le but étant "d'endiguer les voies inconscientes et habituelles d'écoulement de l'excitation et d'obtenir par contrainte l'investissement préconscient ainsi que la version consciente du refoulé" ( (S. Ferenczi, Difficultés techniques d'une analyse d'hystérie, OC. t. III, p. 22)

Ferenczi expérimentera ainsi différentes variantes de la technique analytique, à commencer par la "technique active", ci - dessus esquissée, qui interdisait les satisfactions et pouvait aussi inciter à affronter les situations pathogènes, mais dont il se rendra pourtant compte qu'elle pouvait aussi renforcer les résistances. Il précisera alors que la technique active s'adresse aux névroses de caractère et qu'elle n'est nullement une déviation par rapport à des règles techniques supposées universelles.

Il tentera alors une forme de relaxation, dont il soutiendra qu'elle est un principe de l'analyse et non une déviation,  pour tenter de corriger les inconvénients de la méthode active. Il n'hésitera pas à explorer une "analyse en état de transe" permettant un travail dans certains moments régressifs. Enfin l'analyse mutuelle  avait pour but d'éviter que les désirs inconscients de l'analyste n'interfèrent dans la cure.

D'une manière générale, Ferenczi aimait travailler en restant fidèle à sa propre personnalité empreinte de disponibilité, souplesse, goût de l'autocritique. Il en retirera les principes thérapiques d'"élasticité technique" et de "tact" qu'il définit comme " la faculté de sentir avec".  

Il précise que les mesures de précaution qui résultent de ce principe " font sur l'analysé une impression de bonté" mais, rajoute - t - il, "la capacité d'exercer cette sorte de "bonté" ne signifie qu'un aspect de la compréhension analytique. Avant que le médecin ne se décide à faire une communication, il doit d'abord retirer pour un moment sa libido du patient, soupeser froidement la situation : en aucun cas il ne doit se laisser guider par ses seuls sentiments." ( ibid, p.56).

Loin d'incarner un maître, l'analyste ferenczien fait preuve d'une certaine modestie : " La très vielle coutume des commerçants qui consiste à ajouter à la fin de chaque facture la marque "SE" ( salvo errore), c'est - à - dire " sauf erreur", serait à mentionner à propos de chaque interprétation analytique. De même, la confiance dans nos théories ne doit être qu'une confiance conditionnelle (...) La modestie de l'analyste n'est donc pas une attitude apprise, mais elle est l'expression de l'acceptation des limites de notre savoir (...). L'unique prétention élevée par l'analyse est celle de la confioance en la franchise et la sincérité du médecin, et à celle-ci la franche reconnaissance d'une erreur ne fait pas de tort". (S. Ferenczi, ibid, p.59-60).

 

 

 

L'APPORT CONCEPTUEL DE FERENCZI

 L'oeuvre, très diverse, de Ferenczi comporte près de deux cents article. Son étude la plus longue s'appelle "Thalassa, essai sur la théorie de la génitalité" ( Oeuvres complètes , Payot, t. III). Plusieurs articles traitent d'une manière très originale de la notion de traumatisme.

Son apport conceptuel est majeur et étonnamment moderne. Citons notamment :

- l'introjection, mécanisme de défense propre à la névrose, contrairement à la projection paranoïaque.

- la névrose de frustration (1929), résultat d'un accueil inadéquat de l'enfant ( enfant non - désiré, mal accueilli, ou trop bien accueilli, puis délaissé ) qui anticipe sur le "désir comme désir de l'autre" chez Lacan, et sur "l'effort pour rendre l'autre fou" de Harold Searles.

- la notion de la fonction traumatolytique du rêve, élaborée parallèlement à Freud, qui permet de mieux comprendre les rêves répétitifs.

- l'identification à l'agresseur et l'introjection du sentiment de culpabilité de l'adulte, dans la fameuse Confusion des langues entre adultes et enfants, (1933).

- La fragmentation de la personnalité (Zersplitterung), dont le clivage n'est qu'un cas particulier, comme effet de la haine et du terrorisme de la souffrance, qui annonce la "capacité d'être seul" de Winnicott, et les travaux de G. Pankow sur l'image du corps psychotique.  

Ferenczi centre ainsi progressivement sa réflexion clinique sur les effets de la "commotion psychique" qui reprend le fil de l'intuition freudienne première, celle de la causation des névroses à partir d'une séduction réelle. Théorie fameuse baptisée par Freud Neurotica, que celui-ci s'est cru contraint d'abandonner en raison d'une mise en cause, à son avis par trop fréquente, des pères "prétendument" séducteurs...)

Il est intéressant de remarquer pourtant à ce propos que dans la conclusion de ces "Trois Essais sur la théorie de la sexualité" Freud avance toujours que "les influences de la séduction peuvent interrompre ou supprimer le phase de latence et que la pulsion sexuelle de l'enfant se révèle alors  ( nous soulignons à la suite de P. Sabourin dans sa préface au t. IV des OC de Ferenczi ) perverse polymorphe".

La question étant dès lors de savoir comment une attitude perverse, ou du moins inadéquate,  d'un adulte va-t-elle provoquer tel ou tel mécanisme de défense pathologique chez l'enfant, ce que Ferenczi tentera d'explorer par son travail sur les traumatismes précoces oubliés.

LA BROUILLE

A partir du milieu des années 20 des divergences de vues vont progressivement s'amplifier entre Freud et Ferenczi qui déboucheront, en 1932, sur la brouille ouverte qui pourtant n'ira pas jusqu'à la rupture totale (comme ce fut le cas avec d'autres disciples de Freud tels Jung ou Adler).

Le conflit entre les deux hommes porte notamment sur le concept de séduction ( Verführung ) en tant que dévoiement du désir de l'enfant par la perversité ou "passion" d'un adulte.  et de ses conséquences sur les modalités de maniement du transfert dans la cure.  Ferenczi finit par refuser de méconnaître l'importance du transfert maternel que Freud supportait mal. Dans sa lettre à son élève Hilda Doolittle, il déclare : "Je n'aime pas être la mère dans un transfert cela me surprend et me choque toujours un peu, je me sens tellement masculin."

Ferenczi dénoncera dans son article "scandaleux" ( Confusion de langues, 1933 ) l'hypocrisie professionnelle de l'analyste indifférent aux traumatismes de son patient et qui redouble les effets du traumatisme infantile, en renforçant la culpabilité introjectée par la victime :"La situation analytique, cette froide réserve, l'hypocrisie professionnelle et l'antipathie à l'égard du patient qui se dissimule derrière elle, et que le malade ressent de tous ses membres, ne diffère pas essentiellement de l'état de choses qui autrefois, c'est-à-dire dans l'enfance, l'avait rendu malade" (OC, t. IV, p. 128).   

Ferenczi exige de l'analyste une authentique bienveillance envers son patient :"Les patients ne sont pas touchés par une expression théâtrale de pitié, mais je dois dire seulement par une authentique sympathie. Je ne sais pas s'ils la reconnaissent au ton de notre voix, au choix de nos mots, ou de toute autre manière. Quoi qu'il en soit, ils devinent, de manière quasi extralucide, les pensées et émotions de l'analyste. Il ne me semble guère possible de tromper le malade à ce sujet, et les conséquences de toute tentative de duperie ne sauraient être que fâcheuses." (ibid, p.129).

Ainsi, grâce à Ferenczi, se fait jour la différence entre "le psychanalyste qui soigne et le psychanalyste qui gouverne" ( P. Sabourin, ibid).

Malgré les divergences et la brouille des dernières années, Freud n'hésitera pourtant pas, dans sa notice nécrologique de 1933,  à écrire  que certains des articles de Ferenczi "ont fait de tous les analystes ses élèves".

 

Bibliographie 

  • Sandor Ferenczi, Oeuvres complètes en quatre tomes, Science de l'homme, Payot, traduction par l'équipe du Coq Héron :

- Psychanalyse I ( (1908 - 1912)

- Psychanalyse II (1913 - 1919)

- Psychanalyse III (1919 - 1926)

- Psychanalyse IV (1927 - 1933)

  • Sandor Ferenczi, Le journal clinique ( janvier - octobre 1932), Science de l'homme, Payot, traduit par l'équipe du Coq Héron

 

 FREUD ( Anna )

Psychanalyste anglaise d'origine autrichienne

(Vienne 1895- Londres 1982)

Anna Freud est la dernière - née des enfants de Freud, celle qui restera auprès de lui jusqu'à sa mort. Le lien entre le père est la fille était tel que Freud aurait découragé les attachement qu'elle aurait pu avoir pour des hommes, au premier rang desquels Ernest Jones ( ce qu'une analyse d'Anna avec son père n'était certes pas de nature à dénouer...). Seul enfant de Freud également, à s'être orienté vers la psychanalyse, Anna y joua un rôle important. D'abord institutrice, c'est avec les enfants qu'elle commença à pratiquer la psychanalyse.

 

 

Ses conceptions sur le traitement psychanalytique des enfants s'opposèrent à celles ( autrement novatrices ) défendues par M. Klein. Pour Anna Freud, la psychanalyse des enfants diffère de celle des adultes, car les enfants se refuseraient à "associer" et à communiquer ce qui leur vient à l'esprit et surtout parce que le transfert serait plus difficile, l'enfant étant préoccupé par les relations réelles avec ses parents. Par ailleurs, dans la mesure où le surmoi de l'enfant ne serait pas assez développé pour libérer sans précaution les pulsions refoulées, elle considère qu'il convient de mêler la psychanalyse de l'enfant avec une action éducative.

Sa contribution majeure à la psychanalyse est "le Moi et les mécanismes de défense"  ( 1936, trad. franç. 1949) où Anna Freud présente les diverses modalités de défense contre les pulsions, sans s'aviser que le Moi a lui - même une fonction de méconnaissance. Ce qui la rattachera à l'egopsychologie où le moi se verra retiré du ça.

Réfugiée à Londres, en 1938, avec son père, A. Freud y fonde en 1951 la  Hampstead Clinic, centre des soins, de formation et de recherche en psychothérapie infantile. Elle mit en lumière l'importance du rôle de la mère dans le développement de l'enfant à partir d'observations dans les pouponnières de Hampstead.

 

 

 

Elle veilla avec un soin jaloux à l'édition des oeuvres de Freud et à la conservation de ses archives.

 

Signalons en guise de bibliographie :

- Le Moi et les mécanismes de défense, Paris PUF, 1949

- le Normal et le pathologique chez l'enfant

- le Traitement psychanalytique des enfants, Paris, PUF, 1951

- l' Enfant dans la psychanalyse

 

  FREUD ( Sigmund )

Neurologue autrichien, fondateur de la psychanalyse

( 1856, Freiberg en Moravie, auj. Prîbor, - actuelle République Tchèque - Londres, 1939 )

Freud est issu d'une famille de la petite bourgeoisie commerçante juive très tôt ruinée par la crise. Sigmund n'a que 4 ans quand sa famille s'installe à Vienne où il résidera jusqu'en 1938. Après des études secondaires brillantes orientés vers la philosophie, les lettres et les arts, il entreprend, sans enthousiasme ( 1873 ), des études de médecine à Vienne. A l'université il découvre les préjugés antisémites ce qui contribue à le  familiariser avec  l'hostilité et le rejet par une majorité. 

 

 

FREUD neurologue

Ses premières recherches portent sur les glandes sexuelles des anguilles. Il devient ( 1876 ) aide de laboratoire du professeur de physiologie BRÛCKE et se spécialise en neurologie (anatomopathologie et physiologie du système nerveux). Il fait d'importants travaux sur l'anatomie comparée du système nerveux et sur les encéphalopathies infantiles. Il manque de peu la découverte du neurone ( nommé en 1891 par WALDEYER - HARTZ ).

C'est alors qu'il se lie d'amitié avec BREUER, de 14 ans son aîné, qui l'aide moralement et matériellement, car ses seuls moyens matériels ne permettent pas à Freud de continuer une carrière de chercheur.

Joseph Breuer ( 1842, Vienne - 1925,  id. )

Il achève ses études de médecine ( 1881) et entre dans le service du psychiatre MEYNERT ( 1883 ) où il est chargé des recherches sur la cocaïne ( 1884 ) dont il découvre les propriétés analgésiques et pressent  les propriétés anesthésiques.  Il l'expérimente sur lui - même.

 

Théodor Meyenert ( 1833-1898 )

 

Nommé Privat - dozent de la faculté de Vienne ( 1885 ), une bourse lui permet d'entreprendre un voyage d'études à Paris dans le service du Professeur J.M. CHARCOT à la Salpêtrière où il apprend la technique de l'hypnose et celle de la suggestion appliquées en cas d'hystérie.

 

Jean - Martin Charcot ( 1825, Paris - Montsauche, Nièvre, 1893 )

 

CHARCOT lui fait une forte impression. FREUD lui propose de traduire ses conférences, Leçons sur les maladies du système nerveux, qu'il publie en 1886, année où il quitte Paris pour Berlin où il s'intéressera à la neuropathologie infantile.

 

 

De retour à Vienne ( 1886 ), ouvre, le dimanche de Pâques, un cabinet privé. Il épouse en octobre de la même année Martha BERNAYS à laquelle il est fiancé depuis 1882. Il se fait une clientèle parmi les "nerveux", hystériques pour la plupart, qu'il traite avec les moyens de l'époque : électrothérapie et hypnose. Sa première fille, Mathilde, naît en 1887. Après avoir traduit le livre de H. BERNHEIM ( 1888 ) sur De la Suggestion et de ses applications à la thérapeutique, il se rend à Nancy ( 1889) pour en rencontrer l'auteur et étudier ses méthodes. Son premier fils, Jean Martin naît, bientôt suivi d'Olivier ( 1891), Ernst (1892), Sofie (1893) et Anna ( 1895 ).

 

 

En 1891, dans un livre sur les aphasies, il critique la théorie des localisations. L'année suivante il publie un article sur le traitement hypnotique. Une patiente, Elisabeth von R., lui ayant imposé la méthode des libres associations, il renonce à l'hypnose, "procédé incertain qui a quelque chose de mystique", pour y substituer le simple état de relaxation du patient. De 1892 à 1895 il publie des traductions de CHARCOT ( Leçons du mardi ), l'article sur les " psychonévroses de défense", un article sur les "Obsessions et phobies".

 

La découverte de la psychanalyse

Devenu le collaborateur de J. BREUER il publie avec lui les Etudes sur l'Hystérie ( 1895 ), ouvrage fort mal accueilli dans les milieux médicaux. On y trouve déjà les principaux concepts psychanalytiques : inconscient, déplacement, abréaction, refoulement.

 J. Breuer

 

En 1896 il rompt violemment avec BREUER. Une conférence sur l'étiologie sexuelle de l'hystérie donne matière à scandale. Il poursuit désormais sa route seul, sans collaborateur ni disciples, pendant 10 ans. Son amitié et sa correspondance avec W. Fliess jouera un rôle fondamental dans le processus d'autoanalyse qu'il a entrepris. Il se consacre au traitement de ses malades et à la création de la psychanalyse. Il formule le principe du complexe d'Oedipe en 1897. Deux ans plus tard il publie les Souvenirs-écran. 

Convaincu que les névroses, et surtout l'hystérie, sont des affections psychiques sans lésions organiques, résultant des chocs affectifs oubliés, il cherche une méthode capable de faire resurgir les traumatismes enfouis : après avoir essayé l'hypnose et le traitement par questions, il a recours aux associations libres et formule la règle de la non - omission ( le patient doit dire tout ce qui lui vient à l'esprit ).

En 1900 il entreprend la célèbre analyse de DORA. Il écrit Fragment d'une analyse d'hystérie qui en rend compte. L'année suivante il publie l'Interprétation des rêves (Science des rêves ou Traumdeutung), où le rêve fait l'objet d'une étude scientifique. Grâce à la méthode de l'interprétation des associations libres, on peut découvrir, affirme Freud, un contenu latent, dissimulé par le contenu manifeste, dont le sens ultime représente l'accomplissement d'un désir infantile. Le rêve, affirme Freud, est la voie royale vers l'inconscient.

En étudiant le mécanisme du  rêve, FREUD élabore les notions de censure, refoulement, libido, inconscient ..., d'où émergera une nouvelle forme de psychologie : la psychanalyse, une théorie du fonctionnement de l'appareil psychique.

Après un voyage à Rome FREUD fait paraître La psychopathologie de la vie quotidienne. Il publie ensuite Trois Essais sur la sexualité ( 1905 ) et le Mot d'esprit dans ses rapports avec l'inconscient.

A partir de 1902, la "Société psychologique du mercredi" regroupe autour de FREUD ses premiers disciples : P. FEDERN, O. RANK, W. STEKEL, et A. ADLER notamment. A partir de 1904, FREUD correspond avec E. BLEULER et reçoit en 1907, son assistant, C. G. JUNG qui fonde  la même année à Salzbourg la "Société FREUD".

 

 

C'est pour FREUD une victoire, car dans le contexte de l'antisémitisme ambiant, JUNG, fils de pasteur, et psychiatre suisse, fait sortir la psychanalyse de ses limites viennoises et juives. FREUD rencontre Karl ABRAHAM en 1907. En  1908 est fondée la Société psychanaytique de Vienne. JUNG, qui participe au Congrès de psychanalyse Salzbourg ( avril 1908), accompagne FREUD et FERENCZI lors de la série de conférences aux Etats Unis sur la psychanalyse ( 1909 ). L'année suivante, FREUD fonde au Congrès de Nuremberg ( 1910 ), la Société Internationale de Psychanalyse ( IPA ) "afin de, écrit FREUD, prévenir les abus qui pourraient se commettre au nom de la psychanalyse, une fois qu'elle serait devenue populaire." JUNG, en qui FREUD voit alors son dauphin, en devient le premier président.

 

Les membres de l'IPA

 

 Scissions et ruptures

Avec l'extension de l'institution analytique des ruptures et des scissions ont lieu entre FREUD et ses plus proches disciples : Alfred ADLER, Wilhelm STEKEL, Carl Gustave JUNG (1912 ), puis Otto RANK (1924), Sandor FERENCZI (1929).

Freud et ses plus proches collaborateurs

 

Une oeuvre majeure

Plus qu'une simple thérapeutique, la psychanalyse devient une doctrine mettant en question les idées communes sur la conditions humaine. Théorie révolutionnaire qui suscite de l'hostilité ( résistance à la psychanalyse diagnostiquera FREUD ), mais aussi de l'admiration : "Par sa fécondité, dira E. Claparède de l'oeuvre considérable de Freud, elle constitue l'un des événements les plus importants qu'ait jamais eu à enregistrer l'histoire des sciences de l'esprit".

Entre 1910 et 1920 paraissent :

- les Cinq leçons sur la psychanalyse

- Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa ( le président Schreber)

- Totem et tabou où il entreprend, à l'aide de données ethnologiques, de retracer l'histoire des origines de l'humanité

- Pour introduire le narcissisme

- Deuil et mélancolie

- Introduction à la psychanalyse

Dans Au - delà du principe de plaisir, FREUD introduit la notion de pulsion de de vie ( Eros ) et de pulsion de mort ( Thanatos ), principe de réalité et principe de plaisir, et propose un nouveau modèle de l'appareil psychique composé du moi, du ça et du surmoi.  

En 1923 est diagnostiqué un cancer de la mâchoire. Il subit une première intervention chirurgicale. Il y en aura bien d'autres.

 

 

 

Il se consacre ensuite de plus en plus aux grands problèmes de civilisations. En 1927 paraît l'Avenir d'une illusion. Dans Malaise dans la civilisation (1930) il explique que la civilisation est soumise aux nécessités économiques qui imposent un lourd tribut à la sexualité et à l'agressivité en échange d'un peu de sécurité.

En 1930 il reçoit le prix GOETHE.

En 1934 les nazis brûlent ses oeuvres à Berlin. Il peut quitter Vienne en 1938, après l'Anschluss, grâce à l'intervention de la princesse Marie Bonaparte et celle de Mussolini. Il se réfugie à Londres. Moïse et le monothéisme paraît en 1939. Il traite ses patients presque jusqu'à sa mort, le 23 septembre 1939.

 

 

 

 Bibliographie indicative:

Etudes sur l'Hystérie ( avec Breuer ), 1895

Le rêve et son interprétation, 1901

Trois Essais sur la sexualité, 1905

Introduction à la psychanalyse, 1916 - 1917

Ma vie et la psychanalyse, 1925

Inhibition, symptôme, angoisse, 1926

L'avenir d'une illusion, 1927

Malaise dans la civilisation, 1929

Nouvelles Conférences sur la psychanalyse, 1932

Analyse terminée, analyse interminable, 1937

Moïse et le monothéisme, 1939

Le premier, des vingt volumes des oeuvres complètes de Freud paraît, tardivement, en France, en 1988

 

 GRODDECK ( Walter Georg )

Médecin allemand ( Bad Kösen 1866 - Zurich 1934 )

Élève, puis assistant de E. Schweninger ( médecin personnel de Bismarck), Groddeck aplique dans son sanatorium de Baden-Baden les méthodes de son maître : diète, hydrothérapie, massages.

   

Il insiste sur l'importance des facteurs psychiques dans les maladies organiques dont les symptômes auraient une valeur symbolique. Il prend contact avec l'oeuvre de Freud qui l'encourage dans son approche des phénomènes inconscients à partir des maladies somatiques.

 

 

A partir de 1926 cependant Groddeck s'éloigne de Freud dont il critique les spéculations psychologiques, car pour lui l'inconscient est somatique, le corps est dans les mots et les mots dans le corps.

  Bibliographie

 - Détermination psychique et traitement psychanalytique des affections organiques ( 1917)

- Le livre du ça, (Das Buch vom Es), 1923

- L'être humain comme symbole ( Der Mensch als Symbol ), 1933

 

JUNG ( Carl Gustav )

Psychologue et psychiatre suisse

( Kesswil, Thurgovie, Suisse, 1875 - Kürsnacht, près de Zurich, 1961)

 

 

Malgré des divergences profondes de doctrine, l'oeuvre de Jung (dont l'essentiel de l'activité se déroula à Zurich) est inséparable de celle de Freud concernant l'inconscient et la psychanalyse.

Jung fit ses études de médecine à l'université de Bâle et les compléta, en 1902, à Paris avec Pierre Janet. En 1905 il obtient le grade de dozent de la faculté de médecine de l'Université de Zurich et devient l'assistant d'E. Bleuler au Burghölzli, puis médecin-chef de la clinique psychiatrique de l'Université.

En 1907 il rencontre Freud dont il connaissait déjà et admirait les travaux ( il avait lu dès 1900 L'interprétation de rêves) et avait même eu l'occasion de défendre publiquement les idées.

 

 

En 1907 Jung publie Psychologie de la démence précoce, entité clinique introduite par Kraeplin et reformulée par Bleuler sous le nom de schizophrénie.

En 1909 il fait avec Ferenczi et Freud  le célèbre voyage aux Etats-Unis où ce dernier, invité par la Clark University, prononce une série de conférences.

Jung est  alors l'héritier désigné de Freud : "Je ne souhaite pas d'autre et de meilleur continuateur que vous pour achever mon travail" ( lettre du 7avril 1907). Et deux ans plus tard : " Vous serez celui qui, comme Josué, si je suis Moïse, prendra possession de la terre promise de la psychiatrie" ( lettre du 17 janvier 1909 ).

 

 

Cependant peu à peu les divergences entre les deux hommes vont croître. La conception que chacun se faisait de la libido notamment s'avère incompatible. Freud l'avait conçue comme une énergie unique et d'essence strictement sexuelle (ce qui permet à son tour une définition rigoureuse de la notion de refoulement ). 

La libido jungienne est, elle, plurielle et devient synonyme d'énergie psychique. Dans Métamorphose et symboles de la libido (1912), Jung présente la libido "comme une analogie psychique de l'énergie physique" (Ma vie, 1961, p. 242). A ce pluriel d'une libido syncrétique devenue équivalente à l'idée globale d'énergie psychique, Freud opposait la précision des mécanismes de projection dans la paranoïa ou du refoulement dans la névrose.

La conception de la cure est, elle  aussi, divergente chez les deux hommes. Tandis que Freud insiste sur la dissymétrie du transfert, Jung l'envisage en termes plus réciprocitaires de " rapport personnel".

La conception de l'interprétation enfin, est bien différente dans les deux doctrines. Pour Jung la thèse de l'inconscient collectif amène des interprétation générales. Ce qui compte pour Freud c'est la distinction, la différence à travers la singularité des associations de mots articulés avec l'histoire concrète d'un sujet unique. 

Le psychologue suisse  (contrairement au maître de Vienne, plus intransigeant, moins consensuel, mais aussi sans doute plus soucieux de rigueur scientifique), a un souci constant de penser l'unité et la généralité. Ainsi pour lui "Grâce à la conception énergétique de la libido se crée une certaine unité des conceptions, tandis que les questions souvent controversées de la nature de la libido - est-elle sexualité, puissance, faim ou quelque chose d'autre ? -  passent à l'arrière-plan. (ibid, p. 243).

 

 

Jung développera ses idées dans de nombreux ouvrages dont celle d'inconscient collectif, fondement de l'imagination commune à tous les peuples à travers les âges, qui se manifeste dans les religions, les mythes et les doctrines ésotériques. Pour vérifier cette conception fondamentale, Jung entreprendra une vaste enquête. La quête de Jung le poussera à explorer :

- l'alchimie médiévale ( à laquelle il empruntera son concept central de métamorphose )

- les gnostiques ( chez qui il pensait reconnaître le monde originel de l'inconscient )

- les civilisations extra-européennes à l'occasion de ses nombreux voyages ( en Afrique du Nord, dans le Nouveau-Mexique, au Kenya, en Ouganda ou encore en Inde) à la recherche des trésors inconscients originaires qu'il croyait universels.

A l'occasion de ces voyages, il étudiera les religions primitives et orientales. Immense recherche qui le confirmera  dans sa croyance en l'existence d'un fond commun universel, producteur d'archétypes, images et symboles indépendants du temps et de l'espace.

 

 

Pour Jung l'inconscient  personnel se définit d'être l'inconnu de notre monde interne ( ce que l'on a oublié, refoulé, tout ce que l'on ressent, perçoit, désire et pense et qui se prépare à notre insu ) au-delà duquel il y a les instincts et les archétypes de l'inconscient collectif, gros de contenus universels.

Les archétypes, de même nature que les instincts,  n'ont pas de contenu singulier : " L'archétype en lui - même est vide; il est un élément purement formel, rien d'autre qu'une facultas praeformandi ( une possibilité de préformation ), forme de représentation donnée a priori." (Les racines de la conscience, 1954).

Son contenu ne se détermine que dans l'après coup d'une expérience consciente, mais en lui - même il demeure transcendant à l'homme sur qui ses effets sont "numineux" ( Le "numen" est pour Jung cette sorte d'entité d'essence divine dont on pourrait ressentir la présence, au travers d'une expérience immédiate, et dont l'effet illuminatif n'est pas sans provoquer l'effroi ). 

"Toute compréhension, précise - t - il,  et tout ce que l'on a compris est psychique en soi, et, dans cette mesure, nous sommes désespérément  enfermés dans un monde uniquement psychique. Pourtant nous avons assez de motifs pour supposer existant, par-delà ce voile, l'objet absolu mais incompris qui nous conditionne et nous influence, également dans les cas où nulle constatation concrète ne peut être faite - en particulier dans celui des manifestations psychiques." ( Ma vie, 1961, p.400).

 

 

A la place de la psychè freudienne, Jung emploie, pour désigner la réalité psychique, le terme d'âme ou, en latin, anima " figuration féminine (...) d'une personnification typique ou archétypique dans l'inconscient de l'homme" (ibid) qui à son équivalent masculin ( animus) dans l'inconscient de la femme.

D'où leur attraction réciproque dans la passion amoureuse ( théorie alchimique du Mysterium donjunctionis et du Conjunctio oppositorum ) qui se retrouve analogiquement dans sa théorie de la cure : "Dans la mesure où le traitement analytique rend l'"ombre" consciente, il crée une faille et une tension entre les contraires qui, à leur tour, cherchent à s'équilibrer en une unité. Ce sont les symboles qui créent la liaison" (ibid).

 

 

L'issu de ce conflit représente une "grâce" : " La solution naissant de la confrontation et de la lutte des contraires est le plus souvent constituée par mélange inextricable de données conscientes et inconscientes, et c'est pourquoi on peut le dire un "symbole" ( une pièce de monnaie coupée en deux dont les moitiés s'encastrent exactement). Cette  solution représente le résultat de la coopération de la coopération du conscient et de l'inconscient; elle atteint à l'analogie avec l'image de Dieu, sous forme de mandala, qui est sans doute l'esquisse la plus simple d'une représentation de la totalité, et s'offre spontanément à l'imagintaion pour figurer les contraires, leur lutte et leur conciliation en nous." (ibid, p. 380 et suv.).

Pour Jung donc les conflits évoluent selon une symétrie des contraires qui ménagent un passage de l'inconscient au conscient à travers des degrés dégressifs ou progressifs d'obscurité ou d'ombre, d'indistinction et de clarté.

 

 

Ainsi donc, quoique rapidement converti aux théories psychanalytiques de S. Freud, dont il devint le disciple et l'ami, ce fils de pasteur, rebuté par l'aspect matérialiste des idées freudiennes ( qui accordaient à son goût une place par trop centrale à la sexualité ), finira donc bien vite par se séparer de son maître, après une collaboration de cinq ans, pour fonder finalement une nouvelle école de " psychologie analytique".

Jusqu'en 1964, il occupa la chair de psychologie médicale, à Bâle, puis fonda à Zurich, en 1948, l'Institut Jung, qu'il dirigea jusqu'à sa mort.

Bien que n'acceptant pas de se dire un sage, Jung a suivi un itinéraire spirituel. "Il est important, disait - il, que nous ayons un secret, et l'intuition de quelque chose d'inconnaissable. Ce mystère emplit la vie d'une nuance d'impersonnel, d'un numinosum." (Ma vie, 1961).

 


 

Bibliographie sommaire :

C.G. Jung, Types psychologiques, 1921

C.G. Jung, l'Homme à la découverte de son âme, 1943

C.G. Jung, Ma vie, 1962

Correspondance S. Freud - C.G. Jung, Gallimard, 1975

M.L. von Franz, C.G. Jung. Son mythe et son temps. Buchet - Chastel, 1975

  

  KLEIN ( Mélanie )

Psychanalyste britannique d'origine autrichienne

(Vienne 1882 - Londres 1960 )

Mélanie est née sans avoir été désirée dans une famille juive, les Reizes. Sa mère, brillante, tient pour les besoins familiaux un négoce de plantes et de reptiles. Son père, odontologiste, meurt quand Mélanie est encore adolescente. En 1903 elle épouse A. Klein, dont elle divorcera en 1926, non sans en avoir eu une fille, puis deux garçons. Elle analysera un de ses fils entre 1919 et 1926 pour en tirer plusieurs articles et conférences.

Établie à  Budapest depuis 1910, elle y entame en 1914 ( année de la mort de sa mère et de la naissance d'un de ses fils ) une analyse avec S. Ferenczi que la guerre viendra à suspendre, pour être reprise en 1924, avec K. Abraham qui meurt l'année suivante et achevée à Londres avec S. Payne où M. Klein s'était installée sur les instances de E. Jones, organisateur de la Société britannique de psychanalyse. Elle y enseigne sa théorie et fonde son école, d'où un violent conflit avec A. Freud. Cette dernière lui reproche  ses conceptions de l'objet, du surmoi, de l'oedipe et ses fantasmes originaires. L'envie, la gratitude, les positions dépressive et schizo-paranoïde ne seraient pas psychanalytiques... Elle n'accepte pas la possibilité du transfert en psychanalyse d'enfant qui rend inutile tout travail avec les parents.

Ce que M. Klein réfute, reprochant à sa rivale de n'être pas freudienne... En 1946 il existe, en Grande Bretagne, deux groupes différents de formation des psychanalystes et ,en 1955, le "Melanie Klein Trust" est fondé.

 

La théorie kleinienne est un remarquable approfondissement  de la formation fameux article de 1925, "Die Verneinung" ( La dénégation). Deux concepts majeurs structurent la pensée kleinienne :

- la position schizo - paranoïde, qui combat illusoirement, mais violemment toute perte

- la position dépressive, qui en prend réellement acte et tente de l'assumer

Deux positions relatives à la perte, au travail du deuil, et à la réparation par rapport aux deux objets psychiques partiels, dont tous les autres ne seraient que des substituts métonymiques :

- le sein

- le pénis.

Deux objets, enjeux d'une scène imaginaire inconsciente, dite "scène maternelle", théâtre d'un " je-naissant" où ils entrent en relation avec d'autres objets réels : les sujets parentaux. La réalité extérieure permet au très jeune enfant ( la quintessence de cet imaginaire aurait lieu entre trois et dix mois ) de s'assurer d'une certaine identité de perception et de pensée entre les objets imaginaires et d'autres plus réels. Pour acquérir ensuite des jugements d'attribution et d'existence et maîtriser ainsi les angoisses auxquelles les pulsions de vie et de mort le confrontent en exigeant de lui des objets réels ou des substituts imaginaires pour leur satisfaction.

Le sein et le pénis, ainsi que leurs redoublements réels partiels ou totaux ( parents, frères, soeurs...), l'enfant peut - il les livrer au jeu des pulsions, alors qu'ils sont pour lui un enjeu attributif et existentiel majeur et qu'il risque, par identification avec eux, de se voir lui - même livré à la violence des pulsions ? Il ne le peut sans discernement qui prend consistance de deux opérateurs défensifs, auxquels succèdent des processus sublimatoires :

- quantitativement l'objet est fractionné par clivage :  clivage de l'objet  ( multiplication par le clivage)

- qualitativement le plus petit commun dénominateur répartit tout ce qui est clivé en deux seules catégories : le bon et le mauvais (division par la classification).

D'où accès à des processus de sublimation, en tant qu'ils médiatisent les rapports du sujet à la pulsion : introjection en soi, projection hors de soi, identification à ce qui a été introjecté ou projeté. Une élaboration pulsionnelle a dès lors lieu chez l'enfant qui peut s'ouvrir à des jugements d'attribution et d'existence, à des possibilités  identificatoires où l'objet ne prend plus de valeur que de sa perte qui laisse tomber définitivement quelque chose dans l'inconscient : refoulement dit primaire. 

Le moi kleinien et un surmoi féroce sont ici, d'entrée de jeu, confrontés à un oedipe précoce causant le tourment  du sujet avec un sentiment inconscient de culpabilité. C'est par le surmoi que le moi prend valeur de sa perte réelle, ou refoulement, pour qu'en advienne un sujet. Pour M. Klein le surmoi est "le point maximal" de la théorie freudienne.  

L'angoisse primaire n'est pas relative à la castration, mais à un désir de destruction primordial, désir de mort de l'autre réel. Désir qui met en scène un fantasme où le sujet détruit le corps maternel afin de s'en approprier les organes et , en particulier, le pénis paternel, prototypes de tous les objets que le corps contient.

 

Ce n'est pas seulement l'objet que l'enfant veut s'introjecter, mais aussi un objet ancestral, protecteur. Totémique : dont il est  interdit de jouir. Introjection qui porte donc aussi du mauvais : interdit de l'inceste, angoisse corrélative au désir de le transgresser, culpabilité l'inscrivant dans une dimension morale ( ou culturelle)  et besoin de punition qui en est le processus réparateur. Totem au deux visages ou surmoi, instance archaïque ( originaire et fondatrice ) qui commande et dirige, conduit et sanctionne, attribue et reprend : "Chose qui mord, qui dévore et qui coupe".

 

L'oedipe est donc prégénital. Son vécu traumatique n'est symbolisé par l'infans que du discours d'un autre. Le refoulement lui est secondaire et ne se soutient que de la part persécutrice du surmoi dont  le rapport au  sujet est d'identification ( préfigure notamment des ultérieures identifications à l'agresseur ).

 

Pour dépouiller la mère de son pénis paternel qu'elle détient en son sein, l'enfant doit traverser une première phase dite de féminité où l'enfant découvre son désir de posséder le pénis du père. En priver la mère veut dire pour l'enfant l'empêcher de produire deux équivalents symboliques :

- l'enfant

- les fèces

Origines du désir d'avoir et de perdre, de l'envie et de la haine. "La mère qui enlève les fèces de l'enfant est aussi une mère qui le démembre et le châtre (...) Elle est déjà, elle aussi, le castrateur.". Le surmoi doit donc sa propriété d'être castrateur aux imagos maternelle et paternelle. D'ailleurs l'enfant unifie ses deux parents et ne les dissocie que pour nouer des alliances imaginaires quand il  engage ses conflits oedipiens précoces avec eux, dont l'issue possible n'en est possible que par identification au père : pouvoir décisif du surmoi paternel. Quand le pénis devient visible, objet du regard s'instaure une phase narcissique réparatrice car le pénis passe alors du deans de la scène maternelle au dehors du corps d'un autre : réel qui fait limite à l'imaginaire. Que la mère en fasse les frais, permet à l'enfant de s'y retrouver et apprendre qu'il ne peut recevoir d'elle que ce qui lui manque. Délesté de ce manque, le surmoi peut reprendre signification totémique pour redevenir ( plutôt qu'identifiant persécuteur) loi du désir.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

La psychanalyse des enfants, 1932

Essais de psychanalyse, 1947

Développement de la psychanalyse, 1952

Envie et gratitude, 1957

 

 

  KORCZAK  ( Janusz )

( 22 juillet 1878, Varsovie - 5 août 1942, camp d'extermination de Treblinka )

 

Grande figure de la la cause des enfants, de son vrai nom Henryk Goldszmidt, médecin-pédiatre, écrivain et éducateur juif polonais, Janusz KORCZAK est un précurseur des droits de l'enfant.

 

 

KORCZAK a oeuvré sa vie durant pour une refonte radicale de l'éducation et du statut de l'enfant dans la société. Dès l'âge de 12 ans il dois subvenir à ses besoins, sa famille étant ruinée par l'internement psychiatrique de son père, avocat.

Devenu précepteur, il découvre son goût de communiquer et d'aider les enfants.  

 

 

Médecin, comme son grand-père, il soigne gratuitement les indigents. En aidant les enfants errant dans Varsovie il prend conscience de l'importance de l'amour, du respect et de l'éducation.

En 1912 il quitte sa clientèle privée pour se consacrer entièrement aux orphelins.

 

 

Il fonde deux orphelinats :

- Dom Sierot ( La Maison de l'Orphelin pour enfants juifs ) en 1912

- Nasz Dom ( Notre Maison pour enfants d'ouvriers polonais ), en 1919

organisés en républiques autogérées où il vit sept jours sur sept.

 

 

Entre 1896 et 1928 il rédige plus de 600 articles pour des revues spécialisées. Il voyage à Berlin, Paris et Londres pour confronter ses expériences avec celles de ses confrères étrangers.

 

 

L'oeuvre de Janusz KORCZAK s'inscrit dans la lignée de l'Ecole nouvelle et de la Pédagogie active.

En 1928 il rédige "Le Droit de l'enfant au respect", texte précurseur des principes de la Convention des Nations Unies des Droits de l'enfant.

 

 

 

En 1918 il fait paraître : "Comment aimer l'enfant".

Il devient un auteur à succès, en publiant des livres pour enfants comme :

La Gloire

Les enfants des rues

- Le roi Mathias 1er ( qui représente son messager spirituel )

 

 

Ses émissions de radio ( "Les causeries du Vieux Docteur" ) et son journal national ( Maly Przeglad : la Petite Revue ) ont marqué des générations d'enfants polonais.

 

 

Dès 1936 il est victime de l'antisémitisme en Pologne, mais il refuse d'émigrer en Palestine ( où il fait deux voyages en 1934 et 1936 ) en abandonnant ses orphelins en danger sous un régime polonais d'extrême droite et antisémite.

 

 

Après l'invasion de la Pologne ( par Hitler et par Staline les  1er et 17 septembre 1939 ), la situation de l'orphelinat devient dramatique.

En 1940 son orphelinat Dom Sierot est transféré dans le ghetto de Varsovie.

 

 

Le "Journal du Ghetto" rédigé par KORCZAK, retrouvé et publié après la guerre, relate la lutte quotidienne pour soutenir, protéger et nourrir les 200 orphelins.

 

 

 

Malgré l'insistance de ses amis qui lui demandent de fuir, une nouvelle fois il choisit de rester dans le ghetto aux côtés des enfants.

 

 

Il renonce à la proposition des Nazis d'avoir la vie sauve.

 

 

Le 5 août 1942, il part, aux côtés des 200 enfants et de ses collaboratrices ( Stefa WILCZYNSKA, BRONIATOWASKA, SZTERNFELD ),  pour périr dans les chambres à gaz du camp d'extermination de Treblinka.

 

 

 

La vie et l'oeuvre de Janusz KORCZAK a été mis en scène en 1991 par le cinéaste polonais Andrzej WAJDA dans son film "KORCZAK" 

 

LACAN ( Jacques Marie )

 

 

Médecin psychiatre et psychanalyste français

(Paris 1901- id. 1981 )

Né d'une mère apparentée à une riche famille de vinaigriers orléanais et d'un père représentant de commerce dans l'entreprise. Il fait ses études au collège Stanislas, à Paris. Provincial séduit par la vie mondaine de la capitale, Lacan suit des études de médecine tout en lisant avec beaucoup d'ardeur les auteurs majeurs  du domaine des Lettres et de la philosophie ( les présocratiques, Platon, Aristote, Descartes, Kant, Hegel - avec Kojève -, Marx, mais aussi M. Bloch, Gilson, F. de Saussure ou B. Russell ). Durant ses études de psychiatrie il fréquentera les milieux surréalistes parisiens.  

Lacan passe avec brio sa thèse de psychiatrie en 1932 ( De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité ) où il montre comment les traits dénoncés par le paranoïaque ( ici le cas "Aimée", mère d'un de ses futurs analysants devenu un psychanalyste important, D. Anzieu, internée suite à une tentative d'attentat : coup de couteau donné à une vedette qui, à titre d'idéal, absorbait son investissement libidinal  ) sont les siens propres par lui - même méconnus et "projetés" sur le monde, dès lors honni.

Il entame la même année une psychanalyse avec R. Loewenstein, dont il critiquera ensuite les thèses sur l'egopsychologie, tandis que ce dernier, réfugié aux États - Unis, n'hésitera pas à le désavouer devant ses pairs, ce malgré une relation restée confiante avec son analyste, fondée sur une communauté de rigueur intellectuelle.

Dans "De l'assertion de certitude anticipée " il illustre, à propos du sophisme dit des trois prisonniers, comment le salut individuel loin d'être une affaire privée, relève de l'intelligence collective quoique concurrente. Pas de belle âme donc, ce que d'aucun ne manqueront pas de lui reprocher, puisqu'il n'eut rien d'autre à leur proposer que ce qu'il croyait être une posture d'honnêteté intellectuelle.

C'est afin de déterminer les conditions subjectives de prévalence du double dans la constitution de moi qu'il s'attelle à la tâche d'approfondir la théorie psychanalytique.

Il se veut, à partir du moment où il se met à l'enseigner ( 1950 )  le seul véritable continuateur de Freud ( " Je suis celui qui a lu Freud " ou " Le sens d'un retour à Freud, c'est le retour au sens de Freud " ).

En 1939 Lacan publie, dans l'encyclopédie française, un article sur "la Famille" dont E. Pichon déplorera un style bien plus marqué par les idiotismes allemands que par la clarté française...

Dès 1945 Lacan fait l'éloge de "la Psychiatrie anglaise durant la guerre".

 

 

Le stade du miroir

En 1936, au Congrès de Marienbad,  Lacan apportait une contribution majeure à la théorie psychanalytique ( passée d'ailleurs inaperçue alors : E. Jones l'ayant sans ménagement interrompu au bout d'un quart d'heure par un coup de sonnette, l'exposé du jeune et inconnu psychanalyste français dépassait le temps qui lui était imparti...) avec la notion de stade du miroir. Sa thèse est que le moi se construit à l'image du semblable et d'abord de cette image qui m'est renvoyée par le miroir - ce suis-je. L'investissement libidinal de cette forme primordiale, " bonne" parce qu'elle supplée à la carence de mon être, sera la matrice des identifications à venir. C'est ainsi que la méconnaissance s'installe en plein coeur de mon intimité, et à vouloir la forcer,  je ne pourrai jamais y trouver  qu'un autre, ainsi qu'une tension jalouse avec cet intrus qui, par son désir, constitue mes objets en même temps qu'il me les dérobe à moi - même.  C'est comme autre que je suis amené à connaître le monde : une dimension paranoïaque est, de la sorte, normalement constituante de l'organisation du "je".  L'affirmation du caractère paranoïaque de l'identique à soi ne pouvait qu' heurter la tradition platonicienne dominante qui conjoignait la quête de la vérité à celle d'une identité assumable par la saisie de l'idéal ou de l'être. D'où, d'abord, son peu d'écho... Mais précisera Lacan, l'imaginaire de la phase du miroir n'est autant investi par la libido que parce qu'il fonde - par ce "c'est moi !" originel - la protestation contre le défaut radical par lequel le langage soumet le "parlêtre", c'est - à - dire celui qui pose la question de l'être parce qu'il parle.

Inconscient, Autre, désir 

L'inconscient, avance Lacan, structuré comme un langage, est le discours de l'Autre : réseau de signifiants où les éléments sont associés entre eux selon des combinaisons qui obéissent à des lois proches de la linguistique. D'où déduira - t - il que :

- le désir est désir de l'Autre : l'être humain se constitue dans l'Autre et l'objet de son désir est d'abord celui qu'il aperçoit dans l'Autre

- le symbolique, ordre propre de l'être humain ( ou parlêtre ) à côté de l'imaginaire et du réel, appartient au registre de la parole en tant que dette à accomplir

- le désir, pierre angulaire de l'inconscient en tant que désir d'autre chose, se voit frappé d'un manque à l'endroit de sa cause: la cause du désir manque et l'objet du désir est dès l'origine perdu. Le sujet n'existe dès lors que grâce à la castration, manière de réarticuler le manque pour pouvoir néanmoins exister grâce à ce manque - même.

 

Le parlêtre et sa jouissance

 

 

En effet pour Lacan le lieu véritable de la psychanalyse est le langage que l'enfant subit sans échappatoire, faute de quoi il  en paie le prix par la folie.

Le langage, qui, ainsi que l'explique F. de Saussure,  est un système d'éléments discrets qui n'ont de pertinence que de part les différences qui les fondent, il dénature par là - même l'organisme biologique qu'il soumet à ses lois, en le privant par exemple de l'accès à la positivité, sauf à ce que cet organisme tende sur l'entre - deux des éléments cet écran de l'imaginaire qu'est le moi. 

Témoin de cette dénaturation d'un organisme par le langage, le corps :

- dont les demandes, perverties par l'exigence d'un objet sans fondement, s'avèrent dès lors impossibles à satisfaire

- dont les besoins se voient transformés de ne trouver d'apaisement que sur fond d'insatisfaction 

- dont les pulsions se révèlent organisées par un montage grammatical

- dont le désir se montre articulé par un fantasme qui défie le moi et l'idéal, violant leur pudeur par la quête d'un objet  dont la saisie provoquerait le dégoût...

C'est de l'inconscient  que sourd ce désir qui, à n'être pas reconnue par le sujet comme sa voix propre, le ferait basculer dans la psychose. De sorte que le langage devient le symbole d'un pacte de ce à quoi le sujet renonce : la maîtrise de son sexe, par exemple, en échange d'une jouissance dont il devient dès lors le serf.

Lacan proclame qu'il n'y a pas de rapport sexuel. Que si le désir vise l'entre-deux voilé par l'écran où se projette la forme excitante, le rapport ne se fait jamais qu'avec une image, celle de l'instrument par quoi se fait la signifiance du langage : le Phallus que la femme se voue à représenter en faisant semblant de l'être ( mascarade féminine) tandis que l'homme fait semblant de l'avoir (comique viril ). De sorte que si rapport devait y avoir il se ferait, imaginairement avec le Phallus (vérité expérimentale de l'homosexuel ) et non pas avec la femme, qui, elle, n'existe pas.

Le lieu de l'Autre

L'entre - deux désigne aussi bien le lieu Autre ( Autre en tant qu'il ne saurait y avoir de rapport quelconque avec lui ). C'est de se tenir à cette place qu' une femme ne peut y trouver ce qui la fonderait dans son existence pour en faire la femme. D'où l'inquiétude courante des femmes sur le bien-fondé de leur existence, et l'envie qu'elles portent à l'homme de s'estimer légitimé sans même éprouver le besoin de faire ses preuves.

L'Autre, place vide dans l'entre-deux, mais potentiellement grosse de tous les éléments langagiers capables de s'insérer dans mon énonciation pour donner à entendre un sujet que je reconnais comme mien sans pouvoir pourtant  le faire parler à ma guise : sujet de l'inconscient.

Un signifiant (S1) est, dit Lacan, ce qui représente un sujet ( S barré ) pour un autre signifiant ( S2). Mais ce dernier ( S2) de venir du lieu Autre, se désigne aussi comme symptôme, en tant qu'il déçoit toujours mon appel en faisant rater le rapport.

Le signe, quant à lui, désigne quelque chose pour  quelqu' un : en présence de la chose, je s'évanouit en effet. La formule lacanienne du fantasme ( S barré poinçon de petit a ) lie l'existence du sujet ( S barré) à la perte de la chose ( a), ou castration. Que l'objet qui me fonde comme sujet (d'un désir inconscient) vienne à apparaître dans mon champ perceptif et le voilà  ipso facto oblitéré par ce surgissement - même, ne laissant à la place que l'angoisse de l'individu ( un -  dividu ) en son lieu et place.

Remarquons ici, que le signifiant chez Lacan  n'a pas de fonction  dénotative, mais représentative, et non d'un objet, mais du sujet, qui lui - même n'a d'existence qu'à la condition de la perte de l'objet. Et que la mutation du signifiant en signe qui, lui, dénote la chose, ne s'opère dans ces diverses figurations (urinaire, castratrice ou fécondante) de s'adresser invariablement au Phallus, cause - même de la dite impossibilité du rapport sexuel. Ce qui n'est pourtant pas sans quelque rapport avec la catégorie du réel, telle que pointé par Lacan à côté du symbolique et de l'imaginaire, à savoir en tant qu'indexée à la dimension de l'impossible. Non pas l'impossible (nouménal kantien) à connaître, ni l'impossible (logique,  gödelien ) à conclure, mais celui qui sourd de l'incapacité - même du symbolique à suturer la béance dont il est pourtant lui - même l'auteur, puisqu'il l'ouvre d'autant qu'il tente de le réduire . D'où le rien, comme réponse propre du réel aux tentatives pour le contraindre à répondre. traitement sans précédent du réel par Lacan qui fait rupture d'avec les approches classiques telles qu'élaborées par le rationalisme positiviste, le scepticisme ou encore le mysticisme.

Ce que le sujet peux espérer savoir ( Scilicet : tu peux savoir, nom donné à sa revue par Lacan dont toutes les contributions, à l'instar des livres Bourbaki, sauf les siennes propres, étaient marquées du sceau de l'anonymat ), c'est l'objet a par lequel il fait bouchon au trou dans l'Autre en tenant de le muter l'impossible en jouissance quitte à ce qu'elle en reste marquée.  

   

En 1953 Lacan, pourtant président de la Société psychanalytique de Paris, en démissionne avec D. Lagache, J. Favez-Boutonnier et F. Dolto en raison d'un désaccord sur les modalités de formation des psychanalystes, pour fonder la Société française de psychanalyse. Le discours de Rome de Lacan ( "Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse") servait de manifeste aux scissionnaires.  Cependant, afin de réintégrer l'Association psychanalytique internationale ( IPA), certains de ses disciples ( W. Granoff, S. Leclaire et F. Perrier ) accepte un troc qui aboutit à leur reconnaissance par l'IPA en échange de la confiscation à Lacan de sa fonction de formateur.  

Dès lors Lacan, entouré du restant de ses disciples fonde seul, en 1964, l'Ecole freudienne de Paris qu'il dissoudra en 1980, avant de décéder l'année suivante.  

SCIENTIFICITÉ DE LA PSYCHANALYSE

Lacan visait à assurer à la psychanalyse un statut scientifique en analysant, au-delà de toute théorie,  les conditions objectives qui déterminent la vie mentale en espérant mettre un terme à la réécriture de la psychanalyse par chaque génération comme si ses conclusions étaient inacceptables...

C'est la clinique de l'hystérie, recension des modes de contestation par le sujet d'un ordre formel qui le condamne à l'insatisfaction, qui laisse espérer la possibilité d'un traitement scientifique du champ psychanalytique et de son pari sur une réponse toujours identique du réel à la formalisation qui prétend s'en emparer.

D'où sourd un projet de révision du statut du sujet (aux antipodes du sujet humaniste chrétien, tout autant que, par exemple de la mortification bouddhiste), celui de redonner au sujet l'accès à la fluidité propre au langage, où il n'y aurait pas d'autre point fixe que celui d'un arrimage par un désir acéphale, le sien propre. Espoir de scientificité que le dernier Lacan semble pourtant relativiser : " c'est avec mon bout d'inconscient que j'ai essayé d'avancer..."

Un abord psychanalytique du réel se justifierait cependant, de ce que la science, coincée entre dogmatisme et scepticisme, n'a comme seule alternative que la maîtrise du réel ( avec forclusion concomitante de la castration ), ou, l'affirmation d'un inconnaissable...

Dès lors Lacan ne cherchera plus la consistance du réel, du symbolique et de l'imaginaire ( RSI) dans leur association avec le symptôme (qui est défense contre le réel), mais dans le champ du noeud  borroméen ( trois ronds reliés de sorte que la coupure d'une seul les délie tous les trois ), où  les trois catégories ( RSI) doivent tenir ensemble non plus par les vertus de leur nouage grâce à un rond quatrième ( celui du symptôme, ou aussi bien celui du Nom - du - Père ), mais grâce à la propriété borroméenne du noeud et à sa consistance de corde...

La castration, s'interroge Lacan en ces ultimes réflexions avant que l'aphasie motrice ne mette fin à son enseignement, qui cause l'insatisfaction sexuelle et le malaise dans la civilisation, est-elle fait de structure ou de culture ? L'Oedipe, ou culte du père, est - il nécessaire ou contingent ? Ce qu'expriment les modalités de nouage du "noeud bo" à trois ou à quatre ronds (ce dernier, oedipien, devant sa consistance au nouage par le rond quatrième, celui du symptôme).  

 

 

 

Lacan est un auteur très critiqué, notamment en raison de son style, particulièrement ardu, voir hermétique. F.  Roustang ( 1986 ), par exemple lui reprochera que l'unité de son oeuvre, "tout entière tissée de confusions" est "l'incohérence systématisée, voulue et cultivée". Pourtant qui ne s'aperçoit pas que son style, tant moqué, fut celui d'un grand maître de la parole et du langage ?

Lacan s'est éteint le 9 septembre 1981 et fut enterré avec grande discrétion.

 

  REIK ( Theodor )

 

  

ROGERS ( Carl Ransom )

( Oak Park, Illinois, 1902 - La Jolla, Californie, 1987 )

 

Grande figure de la psychologie humaniste, psychologue américain, issu d'une famille protestante très religieuse, Carl Rogers reste longtemps  partagé entre deux dimensions psychologiques, en apparence contradictoires : 

-   phénoménologique et existentielle d'une part

-   expérimentale et scientifique d'autre part

Successivement psychologue praticien ( 1928 ) et directeur d'un centre de guidance infantile ( 1930 ), il fonde en 1939 un centre indépendant de psychopédagogie à Rochester ( Etat de New York ). Il écrit alors The clinical Treatment of the Problem Child, puis il est nommé professeur de psychologie ( 1940 ) à l'université de Ohio.  

Il abandonne la carrière universitaire en 1963 pour se consacrer à la recherche, en Californie.  

Il qualifiera lui-même, ponctuellement, sa démarche  très originale ( inspirée de Freud et de J. Dewey ) de " non directive " ou plus volontiers d'approche centrée sur le client  ou encore d'Approche Centrée sur la Personne ( ACP ).

Rogers met l'accent  sur la qualité de la relation entre thérapeute et client ( terme sans aucune connotation péjorative ) qui repose les principes de :

- l'écoute empathique

- l'authenticité ( ou congruence )

- et du non - jugement 

L'empathie ( ou verbalisation ) s'exprime par des messages verbaux ou non - verbaux à travers la répétition ou la reformulation des éléments - clefs d'une problématique. 

Exemples de phrases emphatiques :

- "Vous avez le sentiment de ne pas être capable de ..."

- "Vous ressentez du chagrin à cause de..."

- "Vous éprouvez de la colère car..."

Dans toutes ces phrases les énoncés sont centrés sur le client et ses ressentis. Il s'agit de permettre au patient de comprendre les conséquences affectives de ses expériences vécues ou de ses appréhensions. Du côté du thérapeute ces phrases ont pour effet de ne pas catégoriser les déclarations du patient qui peut dès lors exprimer par approbation simple ce qui lui est difficile de verbaliser. Ainsi cette technique accélère - t - elle aussi l'énonciation.

De plus le thérapeute doit s'efforcer de comprendre une situation depuis le cadre de référence du client et non depuis le sien propre.

Le thérapeute doit faire preuve d'authenticité ou de congruence entre son Moi Idéal et son Moi vécu. Il doit être un exemple d'authenticité pour son patient afin d'éviter tout jugement paradoxal et de lui signifier ainsi qu'il est lui aussi un être humain.  

Enfin le thérapeute doit faire preuve de chaleur, de considération positive et de non - jugement. La personne du client doit être acceptée telle quelle, dans l'ici et maintenant d'un accueil inconditionnel.

Bref le thérapeute rogérien  ( et bien d'autres courants s'en sont inspirés depuis ) manifeste une attitude humaine, chaleureuse, encourageante.

 Le travail important de Carl Rogers a trouvé nombre d'applications. Ainsi sa conception de la thérapie (expérimentée notamment avec des schizophrènes) conduite dans l'implication directe thérapeute - malade), sans la distanciation médicale ou psychanalytique, sera le modèle des reprises non-directives  ultérieures, essentiellement françaises.

Sa méthode s'est généralisée à l'enseignement ( malgré ses réticences ) et a trouvé des applications y compris dans le domaine de la résolution de conflits internationaux.

Plus qu'une simple technique psychothérapique, sa démarche est en réalité surtout "une conception philosophique de la vie, une manière d'être " ( Rogers, 1985 ).

 L'idée fondamentale de cet humaniste est que chaque personne devrait arriver à être soi-même dans n'importe quelle situation au lieu de jouer un rôle. Le meilleur parent, dit Rogers, n'est pas celui qui joue le rôle de parent, mais celui qui est une personne authentique au sein de la famille.

 BIBLIOGRAPHIE  succincte des principaux livres de Carl Rogers :

Psychothérapie et relations humianes, 1942

Client - Centered Therapy 1951

Le Développement de la personne, 1961 / 6

La relation d'aide et la psychothérapie, 1970

Les groupes de rencontre, 1973

Un manifeste personnaliste, 1979

 

WINNICOTT (Donald Woods )

 

 

Pédiatre et psychanalyste britannique

( Plymouth 1896- Londres  1971)

Winnicott a travaillé une quarantaine d'années à partir de 1923 au Paddington Green Childrens Hospital comme médecin pédiatre. Il commence son analyse personnelle dans les années 30 et devient, en 1935, membre de la Société britannique de psychanalyse. Il en est le président de 1956 à 1959, puis de 1965 à 1968.  Il s'oppose à la pratique des électrochocs en arguant qu'il n'accepterait pas de subir lui - même ce traitement.

 

Winnicott considère la dyade " mère - bébé", car il n'existe pas, pour lui, de bébé sans mère,  pour en déduire certains principes : la "mère suffisamment bonne" sait intégrer l'enfant dans la société grâce au holding, ou environnement stable qu'elle lui procure et où il se sent rassuré.

Elle sait d'instinct ce qui est bon pour son enfant, le comprend part empathie et répond spontanément à ses besoins. Progressivement l'enfant trouve dans son entourage l'aide dont il a besoin et apprend à se passer de sa mère.

FAUX SELF

Mais il arrive que des parents enferment l'enfant dans un univers surprotégé et dès lors la réalité apparaît à l'enfant sous un jour fallacieux.  L'enfant développera dès lors un faux self, personnalité d'emprunt frappée d'inauthenticité, d'inanité et de vacuité. C'est pourquoi Winnicott recommande aux parents de ne pas empiéter sur le domaine de l'enfant pour lui permettre de découvrir le monde en faisant ses propres expériences.

En réalité le vrai self serait la conséquence d'une réussite répétée des réponses de la mère au geste spontané du nourrisson ou à son hallucination : réalisation symbolique permettant à l'enfant de jouir de son illusion de toute puissance en sauvegardant un certain temps sa croyance en une réalité extérieure assouvissant ses besoins. Il peut ainsi jouer et imaginer, fondements de la formation symbolique qui peuvent ainsi se construire.

Sinon, si entre l'objet partiel maternel et l'enfant "ça bloque", des troubles s'en suivent, qui débouchent sur la constitution d'un faux self : l'enfant se soumet dès lors par nécessité à l'environnement, pratiquant soumission et imitation. Le faux self est donc une défense, résultant d'un défaut d'identification de la mère à l'enfant, tandis que le vrai self est lié au processus primaire. Il n'est pas beaucoup plus, dit Winnicott, que la somme de la vie sensori- motrice. Le faux self  débouche sur des compromis dans la vie sociale, qui se verront remis en cause par l'adolescent. C'est le faux self qui rendrait l'analyse interminable.

  

 "AGRESSION"

L'agression serait l'expression primitive de la libido. Il y aurait des moments précoces de cruauté qui précédent l'intégration de la personnalité et où la satisfaction pulsionnelle résulte du geste de destruction au sein de la pulsion libidinale primitive ( le ça ) liée à la motricité. Quelles que soient les qualités d'un environnement suffisamment bon, les éléments agressifs et libidinaux ne sont jamais nécessairement fusionnés. C'est l'intégration du moi qui rend possible la colère devant une frustration instinctuelle, mais aussi le vécu de l'expérience érotique. Tandis que l'impulsivité et l'agressivité permettent la recherche d'un objet externe.  

 

Objet transitionnel

Afin de rendre compte de la possession  d'un premier objet  à une place singulière, ni au dedans ni au dehors, mais à la limite des deux, Winnicott élabore la notion d'objets  et de phénomènes transitionnels, origine de la fonction  symbolique. Objets et phénomènes illusoires, ils sont précurseurs de l'art, du religieux et de la créativité en général. C'est que, pour Winnicott, l'objet est fondamentalement créé et non pas trouvé. Et c'est dans la mesure où il se transforme, que l'objet, subjectif, peut alors être perçu objectivement.

L'enfant disposerait de trois modes essentiels de communication :

-  silencieux au niveau du self central incommunicable, hors du principe de réalité

- explicite et indirect par le biais du langage

- intermédiaire qui passe du jeu à la vie culturelle

Dépendance absolue / relative

Winnicott distingue différentes modalités de dépendance ( absolue, relative ) et des voies qui mènent à l'indépendance qu'il élabore en relation avec sa théorie du moi, du self, de la préoccupation maternelle primaire, du holding et de la possibilité de l'enfant d'être un créateur où vie extérieure et intérieure échangent leurs contenus.

Crainte de l'effondrement

Une de ses dernières élaborations majeures fut la crainte de l'effondrement ( Fear of  Breakdown ) : l'angoisse face à la difficulté de réaliser l'intégration du self autrement que comme une organisation défensive, susciterait la crainte d'un effondrement qui a déjà eu lieu, causé par une agonie originelle que le moi ne parvient pas à intégrer dans l'expérience du temps présent, car il n'a pas pu, alors,  quand il a eu lieu, être réellement éprouvé.

 

BIBLIOGRAPHIE d'ouvrages de Winnicott en français

L'enfant et sa famille ( 1957)

De la pédiatrie à la psychanalyse ( 1958)

Processus de maturation chez l'enfant ( 1965 )

Jeu et réalité ( 1971 )

Fragment d'une analyse (1975 )

Sur Winnicott :

Geets, C. 1981, Winnicott, Paris, Delarge

 

 

  

 

 

 

 
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