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LEXIQUE PSY

 

 Lexique PSY

 

Vous trouverez ici une liste de principaux concepts, notions, ou mots - clefs du domaine psy ( psychanalyse, psychothérapie, psychiatrie, psychologie ), choisis sans parti pris. Les définitions s'efforcent  d'être relativement précises et aussi objectives que possible, tout en restant, bien sûr, sujettes à discussion.

Si bon nombre de concepts sont d'origines psychanalytique (freudienne et lacanienne surtout, mais pas uniquement ), ils ne s'y limitent pas.

En réalité il s'agit là d'un véritable work in progress où la plupart des domaines psys seront petit à petit mis à contribution, tant il est vrai que nulle théorie, nul savoir, nulle science n'a, à mon sens, le monopole de la vérité, mais que c'est plutôt de la confrontation entre divers savoirs que peut jaillir l'étincelle qui aide à éclairer, un tant soit peu, l'obscurité d'une âme  (Seele, disait Freud ) humaine opaque, non seulement  aux autres, mais tout d'abord à elle - même...

Toute remarque ou critique de qui voudra bien se donner la peine de parcourir ces pages sera la bienvenue, de pouvoir m'aider à améliorer cette modeste tentative d'explication, d'abord destinée à une manière d'auto-formation permanente.

BIBLIOGRAPHIE

Dictionnaire de la psychanalyse, P. Fedida, Larousse, Paris 1974

Dictionnaire de la psychanalyse, R. Chemama, B. Vandermersch, Paris  Larousse,  2000

Dictionnaire de la psychiatrie et de la psychopathologie clinique, J.  Postel, Paris  Larousse, 1998

Dictionnaire de la psychologie, N.  Sillamy, Parois  Larousse, 1999

Psychanalyse, sous la direction de A. de Mijolla et S. de Mijolla Mellor, PUF, Fondamental

Psychiatrie, J. D. Guelfi, P. Boyer, S. Consolli, R. Olivier - Martin, PUF, Fondamental

Vocabulaire de la psychanalyse, J. Laplanche et J. B. Pontalis, PUF, Quadrige, Paris, 1998

 

ABRÉACTION (Abreagieren )

En psychanalyse, décharge émotionnelle permettant une libération d'un affect lié à un souvenir traumatique évitant l'effet pathogène de celui - ci.

 

ABSTINENCE

Règle psychanalytique consistant à limiter au maximum les satisfactions substitutives aux symptôme. L'analyste doit refuser de satisfaire les demandes du patient. Le but étant de transférer un maximum de l'énergie libidinale sur la verbalisation au sein de la  cure et non sur des objets extérieurs.

 

AGALMA

Dans la théorie lacanienne, brillance phallique de l'objet a, cause du désir, où passe un éclat de perte qui dévoile la prise du désir dans la dimension du désêtre.

 

 

 

AGRESSIVITÉ

En psychanalyse, tendances réelles ou fantasmatiques, dérivées de la pulsion de mort, visant à nuire à autrui.

 

 

AMBIVALENCE

En psychanalyse, présence simultanée de tendances opposées dans la relation à un même objet , par exemple amour et haine.

ANGOISSE

D'après Freud, réaction due à une confrontation à une situation traumatique ou à un signe évoquant celle - ci et produisant un afflux d'excitation plus ou moins immaîtrisable. A l'origine de l'angoisse ont trouve l'état de détresse psychique originel du nourrisson lié à sa détresse biologique.

 

 

AUTRE

Au - delà du partenaire imaginaire ( ou petit autre ), lieu de ce qui,  extérieur et antérieur au sujet, le détermine néanmoins et dont l'altérité ne se résorbe pas.

autre

Chez Lacan, partenaire imaginaire du sujet dont l'altérité tend à se résorber, à l'origine de la constitution du moi à travers le mécanisme de l'identification imaginaire, source d'agressivité autant que d'amour.

CA

En psychanalyse, réservoir pulsionnel, le ça ( Es en allemand ) est à côté du moi et du surmoi, la plus ancienne, la moins accessible et la plus importante des trois instances de la seconde topique freudienne. Dans la mesure où le  ça vise aveuglément la satisfaction pulsionnelle, il entre en conflit avec les deux autres instances concurrentes de l'appareil psychique.

 

CADRE

Ensemble des invariants de la situation de cure : tarif, durée des séances, cadre matériel, technique thérapeutique... A côté de ce cadre extérieur, il existe un cadre intérieur qui correspond à la posture psychique du thérapeute dans la cure. 

 

CASTRATION ( complexe de )

Selon FREUD ensemble des conséquences psychiques, anxiogènes (angoisse de castration), dues, chez l'homme, à la menace de castration, et à l'absence du pénis chez la femme.

Pour LACAN, ces mêmes conséquences sont l'effet de la soumission du sujet ( "parlêtre" ) au signifiant en général et au langage en particulier. La castration, manque symbolique ( dont l'agent est réel et l'objet imaginaire), est le résultat du rapport du sujet réel, qui parle, à sa propre parole dont la concaténation conditionne son éclipse en tant que sujet  désigné, dans la théorie, par moins phi, ou castration. Manque symbolique, la castration porte sur un objet imaginaire, le phallus de la mère. C'est, en effet, d'être le phallus de la mère dont l'enfant se convainc dès qu'il parle. La castration, opération symbolique normalisante, consiste donc à renoncer à la toute puissance d'être le phallus ( pénis élevé au rang du signifiant ) de la mère, puis à renoncer aussi à l'avoir ( s'en prétendre maître ), pour accepter le manque à être, source de désir. Celui qui est passé par la castration n'est pas "complexé", mais normé, apte par là même pour l'acte sexuel.

Néanmoins, d'être symboliquement castré ( en n'étant investi comme phallus qu'à la condition de la soustraction du pénis de son image ), ne rend pas pour autant le sujet quitte d'avec le manque ( comme en témoigne l'histoire du petit  Hans ). Il lui reste à faire un deuil, au niveau de son être,  du phallus qu'il n'est pas, afin de pouvoir répondre là où il est attendu  par l'Autre : dans la relation sexuelle, sans l'encombrer de son être.  D'où la question d'une autre catégorie de manque à assumer par le sujet : privation, manque réel, dit manque d'être.  

 

 

CATHARTIQUE ( MÉTHODE )

Du grec catharsis (purgation, ou purification), méthode thérapeutique visant une décharge adéquate d'affects pathogènes liés à des événements traumatiques. La catharsis (effet d'une abréaction réussie) est censée amener la guérison. Celle-ci peut avoir lieu, suite à la reviviscence intense de certains souvenirs qui débouche sur une décharge émotionnelle, mais elle s'actualise aussi à travers les vicissitudes de la dynamique transférentielle et d'autres formes de répétition.

Cependant  c'est surtout par les vertus de la parole, qui permet une élaboration psychique, que l'homme trouve le moyen le plus adéquat  pour exprimer, apprivoiser et finalement dépasser les effets traumatiques d'événements inassimilables : "c'est dans le langage que l'homme trouve un substitut à l'acte, substitut grâce auquel l'affect peut être abréagi presque de la même manière" S. Freud, Études sur l'hystérie, 1895.

Dés lors la recherche de l'effet cathartique, sans disparaître tout à fait, s'efface en psychanalyse  derrière la visée d'une  élaboration psychique en général et de la perlaboration en particulier.

D'après J. Laplanche et B. Pontalis

 

CENSURE

En psychanalyse, fonction psychique, à l'origine du refoulement, interdisant aux désirs inconscients l'accès au système préconscient -conscient

 

CLIENT

Terme non péjoratif (du latin cliens, clientis, "plébéien protégé - par un patricien - ") utilisé  par Carl Rogers pour parler  de l'interlocuteur en situation thérapeutique, ou dans la relation d'aide, plutôt que patient, plus passivant  ( du latin patiens, "celui qui supporte" ).

 

COMPLEXE D'OEDIPE

Oedipe (avec Narcisse, deux figures emblématiques de la théorie psychanalytique) personnifie une des dimensions essentielles du psychisme humain.

Le mythe d'Oedipe permet à Freud d'illustrer  le conflit majeur que traverse l'enfant dans sa relation aux parents : "J'ai trouvé en moi comme partout ailleurs, écrit Freud à W. Fleiss en 1897, des sentiments d'amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants."

 

 

La relation privilégiée du petit enfant à la mère inclut un tiers, représenté par le père. L'enfant doit accepter que la mère soit aussi la femme du père et celle - ci doit admettre que l'enfant ne lui appartient pas en propre, mais qu'il est tout autant l'enfant du père.

 

 

La capacité de chaque protagoniste du drame oedipien à occuper la place qui lui revient dans la famille sera décisive pour le devenir psychique de l'enfant.

 

 

Cette configuration affective donne lieu à des mouvements psychiques, parfois violents, chez le petit enfant, qui brassent haine et amour pour les deux parents. Les ratés et les défaillances du complexe d'Oedipe se traduiront par des troubles psychiques appelés névroses ( hystérie et névrose obsessionnelle notamment ). Freud considère que le complexe d'Oedipe est une donnée universelle du psychisme humain : "tout individu a connue cette phase, mais il l'a refoulée" ( Résistance à la psychanalyse, 1925 ).

 

 

Lacan, qui contestera l'universalité du complexe d'Oedipe ( lié selon lui au monothéisme et à l'influence des religions patrocentriques ), le réinterprétera en axant sa théorie sur l'attitude de l'enfant ( fille ou garçon ) envers le père. Par la vertu de la "métaphore paternelle", explique Lacan,  le "Désir de la Mère" est refoulé par le "Nom - du - Père", ce qui produit le signifié phallique. Le résultat de cette opération est la castration symbolique, résultat de la soumission de l'être humain au signifiant, c'est - à - dire finalement au langage.

 

DÉNÉGATION (  Verneinung )

En psychanalyse, mécanisme de défense qui consiste à formuler un désir refoulé sous une forme négative qui constitue néanmoins un début de prise de conscience. La dénégation est donc un moyen de prendre connaissance du refoulé : "Au moyen du symbole de la dénégation, la pensée se libère des limitations du refoulement..." (S. Freud, Die  Verneinung), 1909.

 

DÉNI ( Verleugnung )

Mécanisme de défense, présent dans le fétichisme et la psychose, qui vise à ignorer la réalité d'une perception traumatisante, par excellence celle de l'absence du pénis chez la femme.

Le déni de la castration, et plus précisément de la différence des sexes, serait le prototype et l'origine des autres formes de dénis de la réalité.

Contrairement au refoulement névrotique, qui porte sur sur les motions psychiques, internes ( les exigences du ça ), le déni psychotique, porte sur la réalité extérieure.

 

DÉPLACEMENT ( Verschiebung )

En psychanalyse freudienne la capacité du quantum d'énergie d'une représentation à se déplacer le long des voies associatives d'une représentation pour s'investir sur d'autres représentations connexes. Phénomènes repérables dans la constitutions de symptômes névrotiques et dans toute formation de l'inconscient, fruit du processus primaire. Lacan assimile le déplacement à la métonymie ( tandis qu'il assimile la condensation - Verdichtung - à la métaphore )

 

DÉSIR ( Wunsch, Begierde, Lust )

En psychanalyse freudienne le désir inconscient, lié aux motions infantiles indestructibles, pôle majeur du conflit défensif, vise à retrouver les signes des premières expériences de satisfaction. On le repère notamment, sous forme d'une formation de compromis, dans les symptômes.

 

 

D'après Lacan, à la différence du besoin qui vise un objet précis, et de la demande qui, dans son adresse à l'autre, dissimule tant bien que mal une attente d'amour, le désir, lui, naît de l'écart qui se creuse entre les deux.

 

 

Indifférent à l'objet réel, le désir tente de s'accomplir à travers une reproduction hallucinatoire de perceptions, signes de cette satisfaction, qu'incarne au mieux, dans son irréalité, la dimension du fantasme.  Ainsi cherche - t - il à s'imposer, sans nul souci du langage et de l'inconscient de l'autre.

 

 DISCOURS

 

 

 

FANTASME

 

 

En psychanalyse freudienne, scénario mettant en scène le sujet, qui permet, de manière imaginaire et plus ou moins déformée, la satisfaction d'un désir inconscient, à la fois émanation du désir archaïque et matrice des désirs, conscients ou inconscients, actuels.

Le fantasme  joue un rôle étiologique majeur : " Les fantasmes clairement conscients des pervers - qui, dans des circonstances favorables peuvent se transformer en comportements agencés, les craintes délirantes des paranoïaques - qui sont projetées sur d'autres avec un sens hostile - les fantasmes inconscients des hystériques - que l'on découvre par la psychanalyse, derrière leurs symptômes, toutes ces formations coïncident par leur contenu jusqu'aux moindres détails" ( S. Freud, trois essais sur la théorie de la sexualité, 1905 ).

En réalité c'est toute la vie du sujet qui s'avère parfois entachée par une fantasmatique, terme qui désigne la fonction structurante d'un fantasme fondamental, dont la dynamique cherche à se frayer un chemin vers la conscience et le passage à l'acte, débordant toute visée intentionnelle du sujet.  Les fantasmes archaïques cherchent en effet, à s'insinuer dans toute la vie du sujet : ils transforment ses perceptions, ses souvenirs, modèlent ses rêves, provoquent des actes manqués, et s'imposent même dans ses choix affectifs, amoureux, ou professionnels...

 

 

L'indice de sens représenté par le fantasme, soumis qu'il est à des remaniements permanents, l'emporte de loin sur la contingence de sa thématique (agression, soumission, humiliation, domination, destruction...) et défie toute possibilité de réduction à une signifiance univoque.  

A cet égard les fantasmes originaires (fantasmes typiques exprimant la vie intra-utérine, la scène originaire, la castration ou la séduction ) constituent un cas de figure à part, une exception qui confirme la règle. Ils feraient partie, d'après Freud, d'un bagage héréditaire commun de l'humanité prévalant sur le vécu réel de l'individu : " Là où les événements ne s'adaptent pas au schéma héréditaire, ils subissent dans le fantasme un remaniement ( ... ) le schéma triomphe de l'expérience individuelle." (S. Freud, Aus der Geschichte einer infantilen Neurose, 1918 ).

Lacan attirera l'attention sur la dimension langagière du fantasme et sur la valence partielle, plutôt que globale, des personnages fantasmés : paroles, voire phonèmes, attitudes, gestes ou parties du corps...). Il formalisera le fantasme grâce au célèbre mathème : "S barré, poinçon de petit a", que l'on peut lire comme l'expression de la relation entre un sujet divisé par le signifiant et l'objet petit a, cause inconsciente de son désir, en tant que radicalement perdu.

 

 

Le fantasme lacanien recouvre l'indicible, pour le sujet, du trou du réel, à commencer par la castration, insupportable,  du Grand Autre maternel, et plus généralement les traumas infantiles. A cet égard l'objet du fantasme, obturateur de l'insupportable du réel, diffère par nature, ou plutôt par structure, de l'objet d'amour. D'où le clivage fréquent entre celui /  celle que l'on aime, et celui / celle que l'on désire.

Dans cette perspective l'hystérique ne cherche pas dans l'autre l'objet de son fantasme, mais plutôt l'Autre absolu, tout en s'identifiant à l'objet du fantasme de l'autre, et, plus secrètement au phallus en tant que manquant.

L'obsessionnel, lui, cherche la satisfaction dans l'interchangeabilité des objets a, érotisés par leur indexation au principe phallique.

Le pervers enfin, vise chez l'autre sa division en s'efforçant de l'accentuer à l'extrême pour en prélever une part d'angoisse, proie en cause dans sa jouissance.

 

 

Dans la perspective lacanienne, le but de la cure serait, en faisant le tour du fantasme fondamental, d'y repérer la part prise, dans sa structuration, par le désir de l'Autre de l'enfance, en repérant la dépendance au signifiant que le fantasme du sujet oblitère et la béance que les objets petit a s'ingénient à dissimuler.

 

FORCLUSION (Verwerfung )

Concept lacanien désignant le mécanisme propre à la psychose consistant en un rejet primordial du signifiant phallique, évoquant la castration, hors du registre du symbolique. Contrairement au refoulement, les signifiants forclos ne sont pas intégrés à l'inconscient. De plus ils ne font pas retour de l'intérieur, mais de l'extérieur, au sein du réel, sous forme hallucinatoire.

 

 

Lacan reprend là le souci constant de Freud de déterminer un mécanisme de défense spécifique à la psychose qu'il tente de cerner à travers diverses notions telles que :

- refoulement (Verdrängung ) pourtant en principe réservé à la névrose

-  projection : mécanisme de défense consistant en un rejet d'emblée dans l'extérieur, plutôt que comme un retour secondaire du refoulé

désinvestissement de la réalité ou perte de la réalité 

- déni de la réalité (Verleugnung) étudié à partir du cas du fétichisme où c'est la perception de l'absence du pénis de la femme qui est refusée.

 

 

En 1894 déjà Freud décris ainsi le mécanisme psychotique : "Le moi s'arrache à la représentation insupportable, mais celle - ci est indissolublement attachée à un fragment de la réalité, et, en accomplissant cette action, le moi s'est aussi détaché totalement ou partiellement de la réalité". D'où une sorte de refoulement dans le monde extérieur parallèle du refoulement interne névrotique. Celui - ci peut être de l'ordre de la défaillance de la Besetzung : désinvestissement du perçu ( retrait narcissique de la libido ou de l'intérêt non libidinal ) ou de celle de la Bedeutung : retrait de signification ).

 

 

 

Partant de  Die  Verneinung (La (dé)négation, S. Freud,  1925 ), Lacan définira la forclusion par rapport au procès primaire comportant deux opérations complémentaires :

- l' "Einbeziehung  ins Ich" : introduction dans le sujet, appelée par Lacan symbolisation ou Bejahung ( position, affirmation ) primaire.

- l'Ausstossung aus dem Ich : l'expulsion hors du sujet, qualifiée par Lacan comme ce qui "constitue le réel en tant qu'il est le domaine qui subsiste hors de symbolisation (...) Ce qui n'est pas venu au jour du symbolique, précise Lacan, apparaît dans le réel". Effet  destructurant de l'abolition symbolique, la forclusion consiste à ne pas symboliser ce qui aurait dû  l'être : la castration. Ce qui est forclos du symbolique réapparaît dès lors dans le réel.

 

 

C'est en réalité le signifiant du Nom - du - Père, dont le signifié corrélatif est celui de la castration, qui est mis à mal dans la forclusion, d'où parfois, la mise en acte de la castration réelle en lieu et place d'une castration symbolique  inintégrable chez le psychotique.

 

 

Le père, au titre de sa fonction symbolique de castration, instaure la limite, la coupure et, du même coup, la vectorisation de la chaîne ou son sens ( phallique ). Qu'un sujet rencontre "un père réel" qui "vienne à cette place où il n'a pu l'appeler auparavant", déclenche la psychose, car au lieu du symbole il rencontre un trou ouvert dans le symbolique par la forclusion.

 

 

N'étant plus alors un signifiant, le père devient une figure imaginaire à quoi le signifiant manquant ne peut servir de limite : l'ordre de la puissance l'emporte sur celui du pacte. 

 

 

La chaîne parlée, "dé - capitonnée", se présente dès lors sans limite ni vectorisation : le langage se met à parler tout seul... et avec lui le réel.  Ainsi de "l'anéantissement du signifiant" le psychotique devra porter la charge et assumer la compensation par des "identifications purement conformistes." ( J. Lacan, Les psychoses, 1955 - 56).

 

 FRUSTRATION ( Versagung  )

En psychanalyse, ressenti négatif chez une personne sujette à un refus de satisfaction à sa demande pulsionnelle ( le contraire d'un stimulus positif de gratification ).

Chez FREUD, Versagung, ne désigne pas une simple donnée de fait (satisfaction des pulsions d'auto-conservation), mais un véritable refus de la part d'un agent à une exigence du côté du sujet, ainsi que l'indique la racine "sagen" ( "dire" ).

Dans certains cas le sens réfléchi l'emporte sous la forme d'un "se refuser à". Cas du névrosé se refusant aux satisfactions que la réalité lui offre. Pour Freud une privation externe n'est pathogène que dans la mesure où elle porte sur " la seule satisfaction que le sujet exige". ( Leçons d'introduction à la psychanalyse, 1916-17). La prévalence de la frustration interne est illustrée par le paradoxe des "sujets tombant malades au moment même où ils atteignent le succès" ( ibidem). C'est ici à la satisfaction effective de son désir que le sujet se refuse.

 

Ce qui est dès lors en jeu dans la frustration ce n'est pas tant le manque d'un objet réel, que la réponse à une exigence d'un certain mode de satisfaction, voire une impossibilité totale de satisfaction. C'est parce que la névrose, d'après Freud, est conditionnée par la frustration, que la technique analytique promulgue le principe de l'abstinence, de sorte à refuser au patient les satisfactions substitutives à ces exigences libidinales.

LACAN critiquera la conception de l'analyse comme frustration en acte : refusant de répondre à la demande du patient, l'analyste ferait émerger des demandes anciennes, aboutissant ainsi à la révélation des "désirs vrais". En réalité cette conception confond trois modalités différentes de manque  ( privation, frustration, castration) dont chacune se spécifié à partir d'un agent, d'un objet et d'une opération de manque particuliers.

 

 

Frustration, manque imaginaire ( dont l'agent est symbolique et l'objet réel) est celui des exigences sans limites, cherchant à restaurer une complétude vaine du moi. L'enfant reçoit dès lors une réponse d'un Autre ( maternel ou paternel) qui donne, ou refuse, sa présence. L'alternance de la présence et de l'absence ( formalisable comme +/- ou 1 / 0) de l'agent de la frustration le hisse à la fonction symbolique. La mère, qui frustre l'enfant du sein, est ainsi portée au rang de symbole en raison de l'alternance de ces présences et absences. Manque dont l'aspect imaginaire éclate avec la jalousie éprouvée par l'enfant sevré devant le spectacle d'un frère au sein de sa mère. Cet objet de la frustration, réel en tant qu'il manque, produit un sujet différent et réel ( à la place d'un sujet mythique d'une jouissance d'avant la parole ) qui parle, et en tant qu'il parle, sa parole conditionne son éclipse. D'où l'accès à  une autre forme de manque, la castration ( voir ce concept ), où le sujet, symbolisé comme "moins phi", se voit ainsi identifié  à un manque autre que celui de la frustration.

 HYSTÉRIE

En psychanalyse, névrose caractérisée par le polymorphisme de ses manifestations cliniques. Il convient de distinguer la phobie ( ou hystérie d'angoisse ) de l'hystérie de conversion dont la variété des effets somatiques et les crises émotionnelles tiennent la médecine en échec. Chez Lacan, la structure hystérique est engendrée par un discours singulier ( contraire à celui du maître ), donne lieu à une économie et à une éthique proprement hystériques.

L'hystérie dans la première topique freudienne

Névrose acquise pour FREUD, l'hystérie serait due à un "surplus d'excitation". dans les Études sur l'hystérie ( 1895), il affirme son origine traumatique : le souvenir du choc, devenu autonome agirait à la manière d'un "corps étranger" dans le psychisme : " C'est de réminiscences que souffre l'hystérique" : l'affect traumatique n'a pas été abréagi (pas de décharge verbale ou somatique), car la représentation psychique du traumatisme était absente, interdite ou insupportable. La scission de cette représentation, " second conscient", infiltrerait le psychisme lors des crises ou innerverait une zone corporelle ( névralgies, anesthésies, contractures...) : formation du symptôme hystérique par " refoulement d'une représentation incompatible avec le moi". Le traumatisme serait lié à une expérience sexuelle ( chez une fille ou un garçon ) précoce vécue dans le déplaisir. Ultérieurement Freud pensera avoir surestimé la réalité traumatique au dépens du fantasme de violence exercée par le père. L'hystérique souffrirait d'une "prévenance somatique", sorte d'appel du corps à ce qu'une représentation refoulée vienne à s'y loger, en une rencontre entre le corps biologique et le " représentant pulsionnel" d'ordre langagier ou signifiant. Le symptôme est ainsi un message ignoré de l'auteur, à entendre dans sa valeur métaphorique et inscrit en hiéroglyphes sur un corps malade.

 

 

Deuxième topique

L'analyse du rêve de la belle bouchère ( in Interprétation de rêves, 1900) avance que l'hystérique se crée un désir insatisfait. Lacan en déduit que l'hystérique réserve ainsi la place du désir, à distinguer de la demande d'amour et de la satisfaction du besoin. Le manque constitutif de désir est articulé à travers une demande au lieu de l'Autre, lieu symbolique du langage. Le manque est dans l'Autre, articulation signifiante du manque d'objet comme tel dont le signifiant est le phallus : le désir hystérique révèle la nature générale du désir d'être désir de l'Autre. De plus dans ce rêve se révèle le profil hystérique de n'accéder au désir que par le détour de l'identification imaginaire à un autre au point de s'en approprier le symptôme en s'attribuant inconsciemment des motifs analogues d'être malade.

Le cas Dora révèle l'amour de l'hystérique pour le père impuissant, mais aussi une dimension homosexuelle, que LACAN interprétera comme une identification à l'homme, moyen de s'interroger sur l'énigme de la féminité : " C'est ainsi que l'hystérique s'éprouve dans les hommages adressés à une autre, et offre la femme, en qui elle adore son propre mystère à l'homme dont elle prend le rôle sans pouvoir en jouir. En quête sans répit de ce que c'est qu'être une femme..." ( Ecrits, 1966).

 


 

L'hystérie après Freud

LACAN met en place les quatre discours ( du maître,de l'hystérique, de l'université et de l'analyste) en distribuant les quatre éléments ( SI, S2, S barré, objet petit a) aux quatre places de :

l'agent        l'autre

la vérité      la production

S1 désigne un signifiant ( signifiant maître ) qui représente le sujet  auprès de l'ensemble des signifiants S2.

S2 désigne le savoir

S barré désigne le sujet non autonome, déterminé par le signifiant qui a barre sur lui.

a désigne l'objet cause du désir ou plus de jouir.

 

 

Le discours de l'hystérique agence, comme ci-dessous, les quatre éléments :

- S barré, à la place de l'agent

- objet petit a, à la place de la vérité

- S1 à la place de l'autre

- S2 à la place de la production

 

 

D'après Ch. MELMAN, le refoulement hystérique serait un pseudo - refoulement. Si la fille passe, comme le garçon, par une phase où elle doit renoncer à la mère et connaît donc, comme lui, la castration, la mise en place de la féminité suppose un second temps où elle refoule partiellement l'activité phallique (à quoi la castration semblait l'autoriser). Le "refoulement porterait donc électivement sur le signifiant maître, dont le sujet éventuellement se réclame pour interpeller l'objet". Premier mensonge du symptôme hystérique, de se faire passer pour une castration ( réelle et non symbolique ) demandée par l'Autre, d'où l'idée d'un fantasme propre à la femme. Refoulement du signifiant maître qui réorganise la castration première (pour la faire interpréter comme privation du moyen d'expression du désir) et fait retour dans le discours social  en suggérant l'idée de viol.

 

 

Si toutefois les femmes ne sont pas toutes hystériques, c'est que l'hystérique interprète le consentement à la féminité comme un sacrifice, un don fait à la volonté de l'Autre ainsi par elle consacré. Elle s'inscrit dans un ordre qui prescrit de plaire et non de désirer et oppose à ceux qui se réclament du désir  un nouvel ordre moral ordonné par l'amour d'un père malade et impuissant et dont les valeurs sont le travail, la dévotion et le culte de la beauté dont naîtrait une nouvelle humanité "égalitaire parce qu'égale dans le sublime et débarrassée de la castration". Deux formes cliniques de l'hystérie à cet égard :

- forme dépressive : l'hystérique s'y vit, hors de tout engagement ou de toute assertion,  comme étranger au monde

- forme  sthénique : où le sujet fait de son sacrifice le signe de son élection... L'hystérique peut alors se dévouer, rivaliser avec les hommes, les remplacer s'ils sont médiocres, en "faisant l'homme" non castré à l'image du père. Mais si elle interpelle les maîtres, et travaille à en abolir les privilèges, elle réclame en même temps celui qui serait assez puissant pour abolir l'altérité. 

  

 

L'hystérie masculine se caractérise par le choix de se ranger du côté des femmes et d'accomplir sa virilité par les voies de la séduction, comme créature exceptionnelle et énigmatique...

Dans tous les cas la passion hystérique s'entretient de la culpabilité, dont s'accable le sujet, d'être fautif de la castration et ainsi de faire tache dans l'univers. Il se rend responsable de l'impossible coaptation naturelle des hommes et des femmes dès lors qu'ils sont "hommes" et "femmes" de par le langage.

A l'origine de la psychanalyse, le discours hystérique reste le défilé nécessaire à toute cure.

 

 IDÉAL DU MOI ( Ich ideal )

 

 

IDENTIFICATION

IMAGINAIRE

INCONSCIENT

 

JOUISSANCE ( Befriedigung, Geniesen )

 

 

Chez Lacan, différentes modalités de satisfaction dans les relations, non immédiates, du sujet à l'objet de son désir, du fait de la prégnance du langage.

En effet, d'être parlant rend la relation de l'homme à l'objet non immédiate. Cette médiateté ne se réduit pas à la possibilité, ou à l'impossibilité, de l'accès à l'objet du désir, de même que la différence de la jouissance d'avec les divers aléas du plaisir ne signifie pas seulement que s'y mêle attente, frustration, perte, deuil, tension ou douleur. mais d'abord qu'en tant que la jouissance concerne notre désir inconscient, celui - ci est tissé de mots. La relation à l'objet passe donc par des signifiants inconscients. La jouissance lacanienne prolonge la réflexion freudienne sur la satisfaction ( Befriedigung) et s'éclaire :

- par son étymologie : "joy" désignait dans les poèmes courtois médiévaux la satisfaction sexuelle accomplie

- par son sens juridique : "jouissance d'un bien", à distinguer de sa propriété.

 

 

La question se pose, en particulier, sur le lien de la satisfaction avec la sexualité : la jouissance s'y oppose au plaisir qui abaisserait les tensions psychiques. En réalité l'idée d'une pure décharge énergétique est caricaturale, car ce que le sujet humain réclame pour sa satisfaction c'est du sens ( ne serait - ce qu'à travers le fantasme, ou la culpabilité ). D'où le jeu de mot lacanien : "j'ouis - sens" qui est, rajoute - t - il, "inter -  dite", prise dans les réseaux langagiers.  Difficulté donc de cette notion de jouissance qui vient précisément de son rapport à ce lieu du langage, de la chaîne signifiante, du grand Autre non  figurable, pris parfois pour Dieu ou quelque figure réelle subjectivée.

 

 

L'intrication du désir et de la satisfaction fait qu'on ne peut penser la jouissance autrement que comme jouissance de l'Autre : à la fois ce qui fait jouir l'Autre (qui prend dès lors consistance subjective) et ce dont je jouis. Comme si je jouissais, à la fois, de faire jouir l'Autre, et que l'Autre jouissait de me faire jouir... Le transfert dans la cure se joue depuis ces deux limites jusqu'au point où l'Autre peut enfin être pensé comme un lieu et non plus comme un sujet. Penser la jouissance suppose donc bien de concevoir l'Autre comme un lieu de signifiants, marqué par un manque structural. La jouissance n'est donc pas à concevoir selon un idéal de plénitude absolue, ni selon le stratagème pervers qui tente de capturer la jouissance imaginée d'un Autre subjectivé, mais selon une incomplétude, conséquence de ce que le langage est une texture et nul être.

AU-DELÀ DU PRINCIPE DU PLAISIR

La question de la satisfaction ne suffit pas à éclairer la notion lacanienne de jouissance. Platon et Aristote ont envisagé la variabilité  de l'agréable et du désagréable et les liens complexes entre plaisir et douleur ( un plaisir différé, par exemple, sera source d'un plaisir plus grand). Que la question soit de se diriger vers le vrai Bien, place la problématique de la satisfaction au fondement de la sagesse. Ce dont la psychanalyse n'a pas l'ambition qui est plutôt à l'origine d'un pessimisme préventif qui met en garde contre le pire, bien plus qu'il ne promeut un idéal à suivre...

 

 

Freud s'interroge sur les cas de la névrose traumatique où il y a répétition insistante du trauma (qui semble contredire sa théorie du rêve comme satisfaction d'un désir) et sur les échecs des cures d'hystériques menées selon l'idée du principe de plaisir, repris par le principe de réalité qui exige de différer la satisfaction. Il analyse aussi le cas d'un jeu d'enfant consistant à faire successivement apparaître et disparaître une bobine (en scandant à chaque fois en allemand  fort / da : ici / là bas) pour symboliser la disparition et la réapparition de la mère. C'est le lien de l'opposition de ces deux syllabes avec la répétition de la perte et de l'apparition de l'objet désiré, plaisir et douleur, qui, d'après Lacan définit la jouissance. Le langage, dans cette répétition, n'est ni un instrument de description de la perte et de la retrouvaille, ni un mime. C'est sa texture - même qui tisse l'étoffe de cette jouissance, dans la répétition de cette perte et de ce retour de l'objet désiré. Et la portée symbolique de ce jeu va au-delà de la maîtrise du chagrin et de l'émotion de la perte. Au lieu de diminuer la tension, il la fait sans cesse resurgir pour la lier au langage : à la répétition et à l'opposition des phonèmes. Pour Freud déjà donc, l'étoffe de la jouissance était la même que celle du langage. Aussi est-il impossible de hiérarchiser un moi-plaisir ( Lust-Ich) et un moi-réalitéReal - Ich) : idéal de maîtrise et savoir prétendu sur la jouissance qui permettrait de jouir du symptôme de l'autre et l'utiliser.

 

 

Comment comprendre dans ces conditions la satisfaction hallucinatoire, y compris cette manière commune de dénier la perte de l'objet désiré, ou de refuser que notre relation à l'objet ne soit pas  sans cesse renouvelable, consumériste, toxicomaniaque ? Freud l'opposition du principe de plaisir et de la répétition avec celle de la pulsion de vie et de mort : la jouissance est contradictoire, écartelée entre ce qui "satisferait" aux deux principes...

JOUISSANCE ET SIGNIFIANT DU MANQUE DANS L'AUTRE : S (A barré)

Pour Lacan le sujet n'est ni une essence ni une substance, mais une place, tandis que le langage lui-même n'a nulle positivité substantielle, d'être un défaut dans la pureté mutique du Non-Être. Dès le départ donc, la jouissance intriquée au langage est marquée par le manque et non la plénitude de l' Être. Manque qui n'est pas insatisfaction, comme le déplore l'hystérique, mais prend acte de ce que l'étoffe de la jouissance n'est pas autre chose que la texture du langage et que, si la jouissance fait "languir" l'Être, c'est qu'elle ne lui donne pas la substance attendue et qu'elle ne fait de l' Être qu'un effet de "langue", de dit : dès qu'il parle, l'homme n'est plus ni essence, ni existence, mais " parlêtre", être qui parle.

 

 

Si la jouissance était rapport possible à l' Être, l'Autre serait consistant, confondu avec Dieu, garantissant dès lors le rapport au semblable. Pour le " parlêtre", au contraire, tout énoncé, n'a de garantie que son énonciation : il n'y a pas d'Autre de l'Autre... Et la jouissance est précisément ce qui a radicalement rapport à ce signifiant du manque dans l'Autre : S (A barré). D'où la névrose. C'est parce que l'homme ignore le lieu d'où il désire que Lacan avance que l'inconscient est le discours de l'Autre et que le désir est le désir de l'Autre. L'homme pose à l'Autre la question : " que me veux - tu ( ché vuoi ? ), comme si l'Autre prenait consistance subjective et réclamait son tribut, qui serait la castration. Le névrosé se figure que l'Autre demande sa castration et il se dévoue pour assurer la jouissance de l'Autre auquel il veut croire, le faisant "consister" ainsi en la figure d'un surmoi qui lui ordonnerait de jouir à le faire jouir.

 

 

Mais, contrairement à l'imaginaire du névrosé ( interprétant la castration comme un sacrifice, une mutilation, ou une réduction à l'impuissance ), Lacan après Freud, en fait une fonction symbolique. Il s'agit de payer un tribut pour la jouissance sexuelle dans la mesure où elle est soumise aux lois de l'échange qui relèvent de systèmes symboliques qui l'a sortent d'un autoérotisme mythique. Le choix du phallus, symbole de la jouissance sexuelle, la fait entrer dans un réseau de sens où le rapport à l'objet du désir est marqué par un manque structural, qui est le tribut à payer pour que la jouissance soit humaine, réglée par le pacte du langage.

Ainsi du fantasme, scénario de la jouissance ( S barré poinçon de petit a ), qui n'est pas simple fantaisie imaginaire dans le rapport du désir à l'objet, mais obéit à une logique qui borne l'investissement pulsionnel à l'objet selon la fonction dite phallique.

 

JOUISSANCE PHALLIQUE ET JOUISSANCE DE L'AUTRE

 

 

LACAN différencie ( Encore 1972 - 73) jouissance masculine et féminine, ce qui ne se règle pas nécessairement sur l'anatomie. Tout "parlêtre" a une relation au phallus et à la castration, mais différente. Ce que résume le tableau des formules de  sexuation. Si l'objet a est cause du désir, le signifiant phallique est, lui, cause de jouissance. Après que Lacan a situé la jouissance (Subversion du sujet et dialectique du désir, Écrits, 1966  ) dans le rapport au signifiant de l'Autre barré ( S de grand A barré ), c'est ensuite la jouissance féminine que Lacan met en rapport avec le signifiant du manque dans l'Autre :" l'Autre n'est pas simplement ce lieu où la vérité balbutie. Il mérite de représenter ce à quoi la femme a forcément rapport (...). D'être dans le rapport sexuel, par rapport à ce qui peut se dire de l'inconscient, radicalement l'Autre, la femme est ce qui a rapport à cet Autre" ( Encore, 1972-73). En quoi elle n'est pas toute dans la jouissance phallique ( d'être précisément en rapport à l'Autre, ce qui ne signifie pas qu'elle en puisse dire quelque chose) que l'homme ne peut atteindre que par le biais du fantasme mettant en scène le rapport du sujet à l'objet a.

Il y a donc hiatus radical entre les sexes. L'écart entre :

- ce qui est inscrit à gauche du tableau, comme champ fini , où l'universel se situe par rapport à une exception  ( en haut à gauche ) et

- ce qui est à droite comme champ infini, où le pas - tout prend un tout autre sens

fait que la jouissance humaine est marquée par un manque qui n'est pas une insatisfaction par opposition à une " bonne jouissance" qui n'existe pas, puisqu'il n'y a pas de jouissance qui conviendrait à un rapport sexuel véritable qui résoudrait le hiatus entre les sexes.

 

 

"Il n'y a pas de rapport sexuel parce que la jouissance de l'Autre prise comme corps est toujours inadéquate, perverse d'un côté - en tant que l'Autre se réduit à l'objet a - et de l'autre, je dirais folle, énigmatique. N'est - ce pas de l'affrontement à cette impasse, à cette impossibilité d'où se définit un réel, qu'est mis à l'épreuve l'amour ?" (ibid)

Le grand Autre, ci - devant  trésor de signifiants, devient alors l'Autre sexe puisqu'il peut s'inscrire à droite du tableau et marquer un rapport direct avec le signifiant du manque dans l'Autre, donc avec la chaîne signifiante ( non marquée par la castration ) dans son infinitude.

Problème de la signification de la jouissance Autre (ou de l'Autre), car :

- il n'y a pas  de rapport sexuel inscriptible ( on ne peut écrire entre homme et femme : "x R y")

- il n'y a pas de jouissance adéquate qui ne soit pas écartelée entre la jouissance phallique masculine et jouissance de l'Autre féminine (JA).

- la fonction phallique est le seul opérateur permettant de penser le rapport de la jouissance au langage.

 

 

La jouissance de l'Autre, de l'Autre sexe, et du corps de l'Autre qui le symbolise, est-elle hors langage et hors de l'inscription phallique qui noue le jouissance aux lois du signifiant ? "La jouissance phallique, dit Lacan, est l'obstacle par quoi l'homme n'arrive pas (...) à jouir du corps de la femme précisément parce que ce dont il jouit, c'est de la jouissance d'organe. C'est pourquoi le surmoi (...) du Jouis ! est corrélat de la castration, qui est le signe dont se pare l'aveu que la jouissance de l'Autre, du corps de l'Autre, ne se promeut que de l'infinitude ( allusion au paradoxe de  Zénon, où  Achille ne peut dépasser la tortue et ne peut la rejoindre que dans l'infinitude )" 

 

 

Comment les deux jouissances ( phallique et de l'Autre ) s'articulent -elles ? "La jouissance, en tant que sexuelle, est phallique, dit Lacan, c'est-à-dire qu'elle ne se rapporte pas à l'Autre comme tel". La jouissance féminine, si elle a rapport à l'Autre ( à "S de grand A barré"), n'est pas sans rapport avec la jouissance phallique : la femme n'est donc pas toute dans la jouissance phallique, sa jouissance est essentiellement divisée. Et même si elle est impossible, et que les femmes là-dessus sont muettes, la jouissance de l'Autre ( JA ) doit être posée pour que la jouissance phallique, autour de quoi elle tourne, puisse être appréhendée autrement que selon une positivité absolue, et puisse être située sur ce sans - fond de manque qui la relie au langage.

 

 

JA / J PHALLIQUE : ARTICULATION CLINIQUE 

La notion de JA ( même si seule la jouissance phallique fait limite pour le parlêtre ) a une grande valeur théorique et clinique. Elle permet de situer la jouissance phallique elle - même, non comme positivité essentielle ( pari pervers), mais comme marque du signifiant sur une béance dont la possibilité d'une Autre jouissance (ou jouissance de l'Autre) fait "ex-sister" la place centrale dans sa fonction de repère. La JA éclaire la jouissance des mystiques ( hommes  et femmes ). La toxicomanie tente par un objet oral ( au-delà de ce que la jouissance phallique pose en termes de semblant et non d'essence ) de donner consistance à la JA et de combler la béance qu'elle indique dans une infinitude qui ne peut plus être bornée par la fonction phallique, mais par la mort.  C'est le noeud borroméen qui tentera d'élaborer  cette béance avec la fonction primordiale du trou.

 

 

La jouissance est donc prise dans l'intrication du langage avec le désir, d'où un hiatus radical entre homme et femme qui n'est pas réductible à un conflit, mais revient à l'impossibilité d'écrire le rapport sexuel. Du coup la jouissance est frappé du manque ce qui ne se réduit pas ( simplification hystérique ) à la question de la satisfaction et de l'insatisfaction.

 

 

Du côté de la jouissance masculine le phallus est le signifiant de ce hiatus; du côté de la jouissance féminine il y a division entre le repère phallique et une jouissance de l'Autre (JA), celle de la chaîne signifiante dans son infinitude, qui n' "ex- siste" que que parce que le langage et le signifiant phallique  permettent d'en situer le sens et la visée, bien qu'elle soit impossible : béance de la jouissance humaine, noeud du refoulement originaire au coeur de la symbolisation primordiale. 

 D'après Christiane Lacôte, Dictionnaire de la Psychanalyse

 

  LIBIDO

 

MANQUE (  all. :  MangelFehl )

En psychanalyse lacanienne, condition de l'être parlant qui le fait dépendre d'un défaut ou d'une  incomplétude aussi nécessaires que généralement inaperçus dans tout ce qui, pour lui, se présente comme un Tout : images dont il leurre son désir, ou ensembles où il se compte. Lacan  distingue trois registres permettant de différencier la nature du manque :

- frustration

- castration

- privation

Dans le réel rien ne manque et le vide qu'on y constate n'est pas un manque. Il ne le devient que dans la mesure où un signifiant le désigne comme "manque de quelque chose à cette place", donc un symbole qui évoque cette absence.

Quant à l'état de plénitude, celui-ci est plutôt rare et fugace. Permanent (sans être un déni de la réalité), il devient vite pénible et se transforme même  en un sentiment de perte d'organes, ou en une coalescence  du sujet avec l'univers et une conviction d'immortalité ( syndrome de  Cotard ).

Le manque est à distinguer aussi de la perte d'un objet dans le réel. en témoigne le deuil, qui vise à retrouver progressivement le manque qui soutient le désir, après une période de présence excessive de l'objet perdu. Inversement, il arrive que la satisfaction d'un désir ayant mobilisé les forces vives d'un sujet débouche sur une dépression, par perte de régulation pulsionnelle.

Que le sujet, au-delà de tous ses attributs existentiels, soit d'abord un manque, se constate à l'embarras qui se saisit de lui en réponse à la question de savoir "qui il est," ou même "s'il est"... Ou encore à la difficulté du jeune enfant qui n'hésite pas à se compter lui - même au nombre de ses frères.

 

 

C'est bien parce que ce à quoi nous renvoie notre nom propre reste, pour chacun d'entre nous, une inconnue, que nous sommes dès lors engagés dans l'effort de nous faire reconnaître de l'Autre. De même pour la demande d'amour qui, en sa répétition lancinante, révèle la condition du sujet de n'avoir comme support à son supposé être que la pression récurrente du manque... Et même la satisfaction des besoins  se trouve conditionnée par l'espoir d'une réponse qui témoignerait de l'amour de l'Autre et dont les formes auront valeur  de symboles de l'existence du sujet de l'inscrire à la place de l'objet qui manque imaginairement à l'Autre. Objet que la théorie épingle comme phallus imaginaire, puisque c'est à ce titre que l'enfant fut attendu par la mère. Mais au-delà même de sa signification de phallus imaginaire, la réponse maternelle renvoie à une nostalgie radicale qu'aucun objet. ne saurait combler. La mère, en effet, ne manque pas  simplement d'un enfant, ou d'un homme : elle est manquante. Et le signifiant de ce manque radical est le phallus symbolique. C'est qu'il n'y a pas en réalité de relation immédiate mère / enfant, mais un rapport de chacun au phallus.

 

 

Pour avoir oublié cette dysharmonie structurale du désir, le courant post-freudien produisit le mythe de l'épanouissement génital et de l'autonomie d'un "moi fort" qui nie la dépendance à un objet perdu en renforçant les identifications défensives au moi idéal. C'est pourquoi Lacan spécifie les trois catégories de manque, état d'un sujet, attribué à un agent et concernant un objet résumé par le tableau ci-dessous :

 

 

 Nature du manque

 Agent

Objet  

 

FRUSTRATION

 

 IMAGINAIRE

 

SYMBOLIQUE

 

 RÉEL

 

 

CASTRATION

 

 

SYMBOLIQUE

 

 

RÉEL

 

 

IMAGINAIRE

 

 

PRIVATION

 

 RÉEL

 IMAGINAIRE

 SYMBOLIQUE

 

 

Tout sujet est en butte au manque face à la manifestation du désir de l'Autre ( désir inconscient ), car le phallus, qu'il n'est pas, n'est qu'un signifiant de ce désir et pas son objet. Le désir de l'Autre antécède celui du sujet : "Il me met en cause, m'interroge à la racine même de mon désir à moi comme "a", comme objet cause de ce désir et non comme objet [ pas comme objet de ce désir ]" (Lacan, Séminaire L'angoisse, 1963).

A charge donc pour le sujet de fournir la cause même de son désir sous la forme de l'objet dont il s'affecte ( car si le sujet est affecté du signifiant qui le représente, c'est lui - même qui s'affecte de l'objet a dont il pare son défaut  dans la représentation). D'où la formule du fantasme consignant le rapport du sujet à sa cause : S barré poinçon de petit a.

 

 

Mais si le sujet est un manque par excellence, les images idéales dont le moi se leurre sont, elles, un habillage de ce manque pour en tirer un pouvoir de séduction.  

La castration, ou moins phi minuscule, désigne un manque d'investissement du pénis dans l'image spéculaire à laquelle le sujet vient à s'identifier. Ce manque est lié à ce que cet investissement auto-érotique du pénis au niveau du corps propre s'opposerait au transvasement total de la libido du moi dans l'objet aimé. C'est donc pour ce qu'elle n'est pas ( le phallus imaginaire ), auquel suppléera quelque "objet a postiche", qu'une femme peut être aimée. Manque essentiel à préserver, car l'apparition du "vrai objet a" dans ce manque invisible au coeur de l'image du semblable, en faisant que le manque vienne à manquer, déclenche l'angoisse : signal que le sujet fonctionne alors sur sa réserve auto-érotique. Signal surtout au niveau du moi d'un désir inconscient qui ne lâchera prise qu'à la condition que le sujet y engage son propre manque, afin d'y retrouver son désir.

 MOI

MOI IDEAL

NARCISSISME

Le mythe de Narcisse est à l'origine du concept fondamental de narcissisme dont l'importance en psychanalyse ne cessera de croître. A partir de 1914 ( Pour introduire le narcissisme ) le narcissisme devient une donnée structurale du psychisme humain en tant qu'il désigne l'amour que le sujet se porte à lui-même : amour originaire du petit enfant pour son propre corps ou auto-érotisme, puis, égoïstement, amour de soi à travers l'autre.

 

 

Les atteintes au narcissisme ( ou blessures narcissiques ) sont à l'origine de troubles parfois très graves de la personnalité : perversions, psychopathie, états limites, psychoses...

Lacan rattache la question du narcissisme à la constitution de l'image unifiée du corps et à l'accès à la distinction entre le soi et l'extérieur. L'identité du sujet se construit en fonction du regard de reconnaissance de l'Autre ( des parents principalement et notamment de la mère ) au moment du stade du miroir, vers l'âge d'un an.

 

 

Ainsi se constitue le "moi", extérieur au sujet, qui est l'image ( source de leurre et d'aliénation )  pour laquelle "on se prend" et dans laquelle on est pris au piège. Le mythe illustre bien les dangers mortifères de la capture ou de la captation narcissique : de ne pas pouvoir détacher ses yeux de son image reflétée par l'eau Narcisse finit par mourir noyé...  

 

 

NOM DU PÈRE

 

 

OBJET ( Objekt,  Gegenstand, Ding )

Visé par le sujet dans la pulsion, l'amour et le désir, l'objet de la psychanalyse n'apparaît pas, en tant que tel, dans le monde sensible. Chez FREUD l'objet s'accompagne toujours d'un déterminant explicite ou implicite : objet de la pulsion, de l'amour, ou d'identification. En opposition à Objekt, la Chose ( das Ding ) semble l'objet  absolu, objet perdu d'une satisfaction mythique.

OBJET DE LA PULSION

L'objet de la pulsion est "ce en quoi ou par quoi elle peut atteindre son but " (Freud, Pulsions et destin des pulsions, 1915). Il n'est pas lié à elle originellement et en est l'élément le plus variable ( la pulsion se déplace d'un objet à un autre au cours de son destin ) et il peut servir à la satisfaction de plusieurs pulsions. Toutefois il peut être précocement fixé. En tout cas l'objet de la pulsion diffère de l'objet  ( fixe par nature ) du besoin. Le cas de la fixation de la pulsion à son objet est illustré par le fétichisme ( Freud, Le fétichisme, 1927) : cas d'un sujet germanophone chez qui le désir sexuel était conditionné par la présence d'un  Glanz ( "brillant " en allemand ) sur le nez. En fait il fallait entendre  glance ( "regard"  en anglais ) sur le nez fétichisé : la fixation s'inscrit donc non en termes d'image, mais d'écriture.  L'un des destins de la pulsion est le retournement de la pulsion sur la personne propre, d'où l'exhibitionnisme : d'abord un regard sur un objet étranger ( pulsion voyeuriste ), puis abandon de l'objet, ensuite retournement de la pulsion sur une partie du corps propre et enfin introduction d'un "nouveau sujet auquel on se montre pour être regardé".

 

 

Ainsi le sujet apparaît-il au troisième temps et, précise LACAN, l'objet de la pulsion est alors le regard lui-même, en tant que présence de ce nouveau sujet. L'exhibitionnisme fait "jouir" l'Autre en y faisant apparaître le regard, ignorant qu'il est lui-même, en tant que sujet, une dénégation de ce regard recherché. L'exhibitionniste se fait donc voir, ce qui trahit la manière dont toute pulsion se subjective de pouvoir s'écrire sous le mode d'un " se faire " que complète  la liste des objets pulsionnels : sucer ( sein ), chier ( fèces ), entendre ( voix ).

OBJET D'AMOUR

L'objet d'amour est l'habillage de l'objet de la pulsion. L'amour, sans pouvoir être assimilé à une pulsion partielle ( comme le sadisme, le voyeurisme etc.) ne représente pas pour autant l'expression d'une tendance totale" ( qui n'existe pas ). Il a un destin complexe, puisqu'il peut se retourner sur la personne propre, ou se transformer en haine ( polarité amour/haine que Freud rapporte à celle du plaisir / déplaisir ), tandis que amour et haine s'opposent tous deux à l'indifférence. Enfin l'amour est une passion du moi totalgesamtes Ich), alors que les pulsions, avant la constitution du moi,  fonctionnent en toute indépendance, sur le mode autoérotique.

 

 

Pour Freud "il n'existe pas un primat génital, mais un primat du phallus" ( pour les deux sexes ), qui n'entre en jeu dans l'amour que par la menace de castration qui n'a d'effet structurant qu'après la découverte de de la privation réelle de la mère. Jusque là le manque de la mère n'était repérable que dans les intervalles, l"entre-dit" de ses propos, l'enfant s'identifiant au phallus imaginaire de la mère, véritable objet d'amour. La symbolisation du manque  à cet endroit et l'assomption de l'insuffisance réelle à le combler décident de l'issue du complexe d'Oedipe du garçon en l'obligeant à abandonner ses prétentions sexuelles sur la mère. 

 

 

Cependant on note une persistance fréquente de la fixation incestueuse à la mère à travers le phénomène du rabaissement de l'objet sexuel qui sépare l'objet idéalisé ( courant tendre de l'amour ) de l'objet rabaissé ( courant sensuel ).  Division entre amour et désir chez beaucoup d'hommes ( " Là où ils aiment, ils ne désirent pas et là où ils désirent, ils n'aiment pas") qui reproduit celle entre pulsions d'autoconservation ( besoins ) et pulsions sexuelles ( vraies pulsions ). L'amour a partie liée avec le besoin : toute perturbation de l'homéostasie du moi provoque du déplaisir et déclenche la haine, mais tout objet qui apporte du plaisir, en tant qu' étranger, menace aussi la tranquillité du moi et provoque une part de haine. Lacan reportera le clivage entre bons et mauvais objets sur le sujet lui-même, en tant que causé par l'objet a.

 

 

Lié au plaisir ( moindre tension compatible avec la vie ), l'amour est  mal armé pour investir les objets et a besoin d'être soutenu par les pulsions sexuelles partielles : l'objet d'amour ( dons les formes varient selon les sociétés ) est l'habillage de l'objet de la pulsion.

Le versant passionnel de l'amour engage le moi total, ou unité du moi. FREUD remarque qu'il n'y a pas "dès le début, dans l'individu, une unité comparable au moi (... et qu'une ) nouvelle action psychique doit donc venir s'ajouter à l'autoérotisme pour donne naissance au narcissisme " ( Pour introduire le narcissisme, 1914). LACAN montrera que cette action psychique était la reconnaissance par le nourrisson, en pleine incoordination motrice, de la forme unifiée de son corps dans sa propre image dans le miroir, pourvu qu'elle soit reconnue par l'Autre. Cette dépendance de l'unité du moi d'une image ( moi idéal ) reconnue par la parole de l'Autre explique :

- la tension agressive envers cette image rivale autant que son pouvoir de fascination ( le propre des relations  duelles)

-  que le moi ne se voit aimable qu'à se régler sur ce signe de reconnaissance ou idéal du moi.

 

 

L'investissement du moi idéal n'est pourtant jamais total : une partie de la libido reste attachée au corps propre. Le noyau autoérotique manque à l'image aimée et c'est précisément pour ce manque que l'objet est aimé : c'est pour autant que la femme n'a pas de phallus qu'elle peut le devenir pour l'homme.

L'OBJET D'IDENTIFICATION

LACAN situe donc l'idéal du moi, fonction symbolique, dans le trait formel de l'assentiment de l'Autre qui tire sa puissance de l'état de détresse du nourrisson en face de la toute - puissance de l'Autre. D'où le rapprochement de l'idéal du moi de ce trait unique ( einziger  Zug ) que le moi, selon FREUD, emprunte à l'objet aimé pour s'identifier à lui par un symptôme : " l'identification prend la place du choix d'objet, le choix d'objet régresse jusqu'à l'identification" (FREUD, Psychologie des foules et analyse du moi, 1921). 

 

 

L'identification est pour Freud la forme la plus précoce du lien affectif. Une première identification se ferait d'abord au père pour mettre en place l'idéal du moi et rendre ainsi possible l'énamoration où " l'objet se met à la place de l'idéal du moi ". Mécanisme que l'on retrouve dans l'hypnose et dans la soumission de la foule au meneur : " une somme d'individus qui ont mis un seul et même objet à la place de leur idéal du moi et se sont (...) dans leur moi, identifiés les uns aux autres."

OBJET PERDU

"Dans le cas de l'identification, l'objet s'est perdu ou on y a renoncé..." (FREUD, ibid.). L'identification réduit l'objet à un trait unique et se fait donc au prix d'une perte. Le principe de plaisir se satisfait de représentations agréables, mais le principe de réalité exige qu'un jugement soit formulé sur la présence de l'objet. Or du fait de l'accès au langage, l'objet est définitivement perdu, en même temps qu'il est constitué : "C'est cet objet, das Ding, en tant qu' Autre absolu du sujet qu'il s'agit de retrouver. On le retrouve tout au plus comme regret. Ce n'est pas lui que l'on retrouve, mais ses coordonnées de plaisir" ( LACAN, L'éthique de la psychanalyse, 9 décembre 1959).

 

 

LACAN pointe donc ainsi un objet fondamental, das Ding, la Chose comme opposée aux objets substitutifs, qui, elle, est perdue d'entrée de jeu ( d'où son élaboration de l'objet a) : souverain bien, "mère" en tant qu'interdite par les lois - mêmes qui rendent la parole possible. La mélancolie en sa dimension suicidaire, serait à cet égard un cas d'identification non plus au trait unique de l'objet ( au prix de sa perte ), mais une identification " réelle", sans médiation, à la Chose elle - même, rejetée du monde du langage.

D'après B. Vandermersch

 

OBJET a

Selon J. Lacan, objet cause du désir. non représentable comme tel, a n'est pas un objet du monde bien qu'on puisse l'identifier sous forme d'"éclats" partiels du corps : objet de la succion ( sein), de l'excrétion ( fèces), la voix et le regard.

 

 

SA CONSTITUTION 

 a se crée dans la marge que la demande ( donc le langage) ouvre au-delà du besoin qui la motive : aucune nourriture ne peut satisfaire la demande du sein. Plus précieux que la satisfaction du besoin ( dès lors qu'elle n'est pas menacée ), a est la condition de l'exstence du sujet en tant que désirant.  Partie détachée de l'image du corps, a supporte le manque à être qui définit le sujet du désir en se substituant, comme cause inconsciente du désir, au manque d'une cause à la castration ( symbolisation de l'absence de pénis de la mère comme manque ) qui n'a de cause que mythique. Structure purement logique de la castration : présentation sous forme imaginaire du manque dans l'Autre ( lieu des signifiants) d'un signifiant qui réponde de la valeur de cet Autre ( "trésor de signifiants") d'en garantir la vérité.

SES AVATARS 

Dès lors c'est a qui répondra pour le sujet à cette place improbable de la vérité :

- à la naissance où l'enfant, reste d'une copulation, apparaît comme cette merveille accouchée inter faeces et urinas

- avant tout désir, sous l'objet précurseur autour duquel la pulsion fait retour et se satisfait sans l'atteindre

- dans le fantasme, acte véritable de naissance du sujet du désir, comme objet cédé pour le prix de l'existence ( lié dès lors au sujet pr un lien de réciprocité totale quoique non symétrique )

- dans l'amour, comme ce manque merveilleux que l'objet aimé habille ou recèle

- dans l'acte sexuel comme l'objet qui pare à l'irréductible altérité de l'Autre et se substitue, comme partenaire de jouissance, à l'impossibilité de faire un avec le corps de l'Autre.

Et dans l'affect, épreuve de son dévoilement, ou seulement de sa menace, selon le leu et le mode de sa présence :

- dans le deuil où nous perdons celui pour qui nous étions cet objet 

- dans le deuil où nous supportons de le présentifier au regard de l'autre

- dans l'angoisse, perception du désir inconscient-

- dans l'acte suicidaire où il sort de la scène du fantasme en forçant les limites de l'élasticité de son lien au sujet...

 

 

ÉLABORATION DE L'OBJET a  

a désignait d'abord chez Lacan l'objet du moi ou "petit autre" pour distinguer l'aliénation imaginaire (où le moi se constitue sur sa propre image, prototype de l'objet) de la dimension symbolique où le sujet parlant dépend du "grand Autre", lieu des signifiants. A partir de Das Ding ( la Chose, au-delà de tous ses attributs ) reprise à Freud, Lacan élabore la notion de l'Autre primordial ( la mère ) : étranger au coeur des représentations du sujet, à la fois intérieur et extérieur et réel en tant  qu ' inaccessible, "perdu" du fait de l'accès au langage.

 

 

L'objet transitionnel de Winnicott avec la structure paradoxale (ni intérieure ni extérieure) de l'espace en forme de champ d'illusion par lui créé, a été salué par Lacan comme un emblème de l'objet a.

S'il n'est pas la Chose, l'objet a vient pourtant à sa place et en emprunte à l'occasion une part d'horreur. A l'exemple du placenta, il est commun au sujet et à l'Autre, valant pour tous les deux comme comme " semblant " dans une lignée métonymique dont le phallus est le point de perspective. Il devient l'objet phallique dans le fantasme qui rend le réel habitable.

 

 

a, d'abord nommé "objet du désir" (dans le Séminaire Le désir et son interprétation), incompatible avec la représentation ( dans Subversion du sujet et dialectique du désir dans l'inconscient freudien ), est ou un fantasme ou un leurre. Aussi Lacan le rebaptisera "objet cause du désir". En tant que cause du désir, il cause la division du sujet ainsi que le formalise l'écriture du fantasme ( S barré poinçon de petit a) : rendant le sujet "extime", en exclusion interne à son objet.

 

 

Dans les séminaires L'Identification ( 1961- 62) et L'Angoisse ( 1962-63) Lacan élabore une topologie de l'objet a et une étude clinique de sa fonction dans l'affect :

- masqué dans le fantasme du névrosé

- objectivement présent dans la réalité du scénario pervers

- réifié sous forme hallucinatoire dans la psychose

 

 

Dans les séminaires suivants (La logique du fantasme et L'acte psychanalytique : 1966-68), Lacan reprend la dialectique de l'aliénation où il distingue deux modes de manque annonçant le sujet de l'inconscient : ou je ne pense pas ou je ne suis pas.  L'objet a présentifie le manque à être du sujet par opposition à moins phi écriture de l'inconscient comme pensées manquant de sujet ( non sens du sexuel ). Les deux lettres a et moins phi reprennent l'écart dans la théorie freudienne entre :

- le ça ( aspect pulsionnel ) de la deuxième topique et

- l'inconscient ( aspect  idéique  ) de la première topique.

Dans L'envers de la psychanalyse ( 1969- 70) l'objet a devient le "plus de jouir" ( par analogie avec la plus value de Marx)  l'un des quatre éléments des quatre discours structurant les liens sociaux.

 

 

Enfin dans RSI (1974), l'objet a, jusque là effet d'une coupure, est totalement renouvelé devenant le point de coincement permettant de tenir ensemble les trois registres de la subjectivité ( réel, symbolique, imaginaire) au sein du noeud borroméen. l'objet a devient la lettre ( et non image ou support d'une combinatoire ) dans le réel, en tant qu'elle se détache du signifiant, élément du symbolique. Ce pourquoi elle permet le refoulement. Elle correspond au "représentant de la représentation" de la pulsion chez Freud. Partie du symbolique, "chue" dans le réel par l'effet de l'articulation signifiante, elle fait frayage du signifié.  Ce qu'illustre, en tant que voie de retour du refoulé, le V romain de la cinquième heure de la scène primitive de l'Homme aux loups.

 

 

L'objet a est l'objet de la psychanalyse et les psychanalystes ont la charge du traitement de la lettre. La science ( où la subjectivité est réduite à l'erreur ), d'opérer par formalisation écrite, s'est développée en ne voulant rien savoir de l'objet a, ou de la vérité comme cause. Celle - ci fait pourtant retour dans le réel à travers la profusion d'objets (autant de travestissements de l'objet a ) dont elle permet ( sans l'avoir voulu) la fabrication et dont on sait l'émoi éthique que leur utilisation provoque.

Pour rationnelle qu'elle soit, la psychanalyse n'est pas pour autant la science de l'objet a. Elle tient qu'il n'y a pas d'espoir de suturer la faille dans le savoir, celle de l'objet a étant la condition absolue du sujet et que par conséquent " de notre position de sujet nous sommes tous responsables" (Lacan, La science et la vérité, 1964-65).

D'après B. Vandermersch

  

  OBJET TRANSITIONNEL

 

PERLABORATION

En psychanalyse, processus d'assimilation progressive d'une interprétation en surmontant des résistances à celle - ci qui permet d'accepter certains éléments refoulés et de se dégager de l'emprise de la répétition.

 

PRIVATION ( Entbehrung )

En psychanalyse lacanienne, absence réelle d'un objet que le sujet peut concevoir comme devant lui appartenir, ou comme devant appartenir à celui qu'il perçoit comme en étant indûment dépouillé.

Que le désir soit lié au manque, ne signifie pas pour autant que tout manque soit réel ( cas de la castration - manque symbolique, et de la frustration - manque imaginaire ), mais cela est en effet parfois le cas : la découverte de la différence des sexes est de cet ordre, réel, dans la mesure où l'enfant se heurte à cet état de fait que la mère n'a pas de pénis, qu'elle en est réellement privée. Bien que, là aussi, le symbolique intervienne : l'objet de la privation l'est, en effet. C'est que le réel est ce qu'il est et pour qu'un objet puisse y manquer, encore faut-il qu'il soit déterminé symboliquement, comme devant y être présent ( cas du livre dans la bibliothèque qui ne saurait y manquer que dans la mesure où sa place y avait été, ménagée, par exemple par les vertus d'un fichier.

 

 

Mais la privation peut aussi être comprise comme un des temps de l'oedipe  : le père prive la mère de son enfant, permettant à ce dernier d'échapper à une relation dite fusionnelle et d'accéder ainsi à son propre désir. Le père dont il s'agit dans l'opération de privation, n'est pas à confondre avec le père réel, ni avec le père symbolique ( ou Nom-du-Père ). Elle est l'oeuvre du père imaginaire.

 

 

Plus fondamentalement la privation relève d'un manque réel radical, celui du manque d'être qui porte sur un objet symbolique : le phallus ( symbolique, ou grand phi ), en tant que signifiant qui ne fonctionne que voilé. La constitution de désir suppose donc le deuil du phallus nécessaire pour maintenir dans le réel la place du manque à être du sujet et donc du désir. L'étymologie latine de désir ( desiderium  : regret ) révèle sa proximité d'avec le deuil, qui précède tout désir et ravive la trace d'une jouissance : l'objet petit a, ne soutient - il pas le sujet en butte  à la privation ( rapport malheureux du sujet au phallus qu'il n'est pas ) ?

  

PULSION

PROJECTION

RÉEL

REFOULEMENT

RÉGRESSION

SCÈNE ORIGINAIRE

SÉDUCTION

 SELF ( SOI  )

Signalons tout d'abord que la traduction de "self " en soi, n'a volontairement pas été effectuée dans les textes français.

Pour M. Klein, distinct du moi (qui se réfère à la structure de la personnalité ), le self est le réservoir de l'ensemble des sentiments et pulsions de l'individu. Le clivage de l'objet en bon et mauvais s'accompagne du clivage équivalent du self dont les parties clivées sont susceptibles d'entrer, dès lors, en conflit.

 Chez D. W. Winnicott le vrai self s'oppose au faux self afin de rendre compte du développement de l'enfant.

 

 

 Le moi du nourrisson évoluerait vers un état où les exigences instinctuelles seraient ressenties, non pas comme celles de son environnement, mais comme celle de son self ( ou soi).  En reprenant la distinction freudienne entre une partie du moi dominée par les pulsions (sexualité génitale et pré-génitale) d'une part, et d'autre part, une autre  partie du moi tournée vers l'extérieur, vers le monde, Winnicott oppose un vrai et un faux self. Le faux self est représenté par toute l'organisation que constitue une attitude sociale polie, de bonnes manières et une certaine réserve.

Le vrai self est spontané et les événements du monde se sont accordés à cette spontanéité, du fait de l'adaptation d'une mère suffisamment bonne.

 

SENTIMENT DE CULPABILITÉ

SURMOI

SPECULARITE

STADE DU MIROIR

SYMBOLIQUE

TENDRESSE

Pour Freud la tendresse (Zärtlichkeit), par opposition à la sensualité (Sinnlichkeit), perpétue, dans la relation à autrui, la relation originelle de l'enfant à la personne qui le soigne et le nourrit ( mère le plus souvent ). Le plaisir sexuel s'y étaie sur la satisfaction des pulsions d'autoconservation, tandis que le courant sensuel, ou sexuel, se détourne progressivement de l'étayage sur l'objet pour devenir auto - érotique.

 

 

Si durant la période de latence le sexuel connaît un refoulement, ce qui renforce le courant tendre, avec la poussée pubertaire "le puissant courant sensuel ne méconnaît plus ses buts" ( S. Freud, in Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse, 1912).

TRANSFERT

TRANSITIVISME

TRAUMATISME

ZONE ÉROGÈNE

ZONE HYSTEROGENE

 

 

 

 

 
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